Couverture du journal du 20/11/2020 Consulter le journal

Ouverture complexe pour les commerçants

Entre carnets de rendez-vous bondés chez des coiffeurs gantés et masqués, et les hésitations des clients à toucher vêtements, chaussures ou livres… les commerçants ont vécu l’ouverture du 11 mai entre soulagement, excitation, et inquiétude. À Rennes ce sont 2 600 boutiques et magasins qui avaient fermé le 17 mars, et ont pu à nouveau ouvrir ce 11 mai.

En France 400 000 commerces pouvaient rouvrir lundi 11 mai, représentant 875 000 emplois. En prenant en compte les entreprises qui n’ont pas été fermées administrativement pendant le confinement, ce sont donc 9 entreprises sur 10 qui ont pu rouvrir le 11 mai, selon les annonces de Bruno Lemaire, ministre de l’Économie.

Coiffeur et Compagnie

Si la reprise du 11 mai était attendue… la première semaine fut compliquée !

Créée en 2003 le Groupe « Coiffeur et Compagnie » regroupe aujourd’hui 18 salons de coiffure en Ille-et-Vilaine, 2 bars à ongles et 4 enseignes de cosmétique Proshopping. 140 salariés, tous mis au chômage partiel mi-mars à l’annonce du confinement, sauf les deux co-dirigeants Xavier Rouvrais et Éric Chollet, et la comptable.

Les investissements importants

« C’est la chasse aux masques, aux peignoirs jetables, au désinfectant… il en coûte en moyenne 2 000 € par mois pour un salon de 7-8 salariés pour s’équiper » précise Eric Chollet l’un des deux dirigeants du Groupe, « et je ne parle que de matériel assurant les gestes barrières ! Masques, visières, lunettes, avec des prix qui ont beaucoup augmenté. Une visière que l’on trouvait à 1,40€ il y a 6 mois se vend aujourd’hui 14,70€… Ce serait bien que le gouvernement participe à ces frais, si ces précautions d’usage venaient à se prolonger cela sera compliqué pour certains de tenir financièrement. »

« Nous avons décidé d’appliquer une majoration de 2 € sur les prestations, et les clients ont été très compréhensifs »

« Pour l’approvisionnement, heureusement que nous avions anticipé ! Car suite aux documents proposés par les syndicats et fédérations de la profession, l’UNEC et CNEC, le guide détaillant les mesures sanitaires permettant l’ouverture des salons le 11 mai n’a été divulgué que le 7 mai au soir ! »

L’aide des bailleurs

« Je peux remercier certains bailleurs, qui ont permis le report des loyers de nos salons et parfois l’annulation… Un bailleur privé a ainsi annulé le loyer sur 2 mois, de mi-mars à mi-mai, c’est un vrai soutien. Pour les magasins dans les galeries de centres commerciaux les discussions sont en cours. »

Une vie de salon bouleversée

Utilisation d’un fauteuil sur deux, d’un bac de shampoing sur deux, et les attentes des clients sur le trottoir… « ce n’est pas notre vision du commerce, c’est très déstabilisant, tout comme le relationnel client avec un masque… vraiment les salariés et les clients sont à remercier pour leur patience, ils ont été formidables. Cette première semaine a vraiment été compliquée, c’est un bouleversement dans nos métiers. »
Selon les envies et les possibilités, certains salariés ont pu faire des heures supplémentaires, ou garder leur planning habituel. D’autres qui gardaient leurs enfants chez eux en semaine sont venus travailler le samedi.

Decathlon Chantepie

50% de chiffre d’affaires en plus la semaine du 11 mai !
«Il y a eu affluence, depuis le lundi 11 mai 9h et toute la semaine. Même avec un peu moins de monde le samedi on a fait + 50 % de CA sur cette semaine exceptionnelle », précise François Maraquin, le directeur du Decathlon Chantepie.

Vélo et Fitness

• Le rayon vélo a connu une véritable razia, « c’est la plus forte progression de CA. On est passé de 10 à 15 vendeurs pour gérer ce flux. Quant à l’atelier réparation on est passé de 5 à 8 personnes, car nous avons eu plus de 100 vélos déposés en 3 jours… ». Une forte demande notamment grâce au « coup de pouce » de 50 euros de l’État pour faire réparer sa bicyclette.

• Le pôle Fitness et musculation arrive en seconde position en termes de chiffre d’affaires, les rayons ont été dévalisés. « Certaines personnes ont découvert ces pratiques lors du confinement, les ventes en ligne avaient déjà cartonné. À présent les salles de sport sont toujours fermées, alors les gens continuent de s’équiper. » Une rupture de stock temporaire, avec un retour à la normale d’ici mi-juin.

• Rando-plage… « Ces rayons vacances sont désertés actuellement, on espère voir à nouveau de l’affluence un peu plus tard, en fonction des annonces d’ouverture des campings, etc. L’été le pôle Camping c’est le plus gros CA habituellement. »

Pour réapprovisionner le stock du magasin, les livraisons journalières ont été doublées 3 jours par semaine

100 commandes/jour en drive

Un système de drive a été mis en place, 3 places de parking ont été dédiées à ce service de « retrait sans contact ». « Lorsque le client arrive, il envoie un texto pour signaler sa présence et le vendeur vient déposer sa commande. C’est un véritable plébiscite, avec 100 commandes par jour. »

Masques obligatoires

Masques et désinfection des mains à l’entrée du magasin, désinfection des charriots, marquage au sol et sens de cheminement dans le magasin, les mesures sanitaires ont été mises rapidement en place. « On avait prévu de moderniser le magasin, ce qui tombait bien puisque cela a été mis en place avec ce parcours dans les rayons qui permet d’éviter les croisements. »

100 salariés

Ce fut une reprise hyperactive pour les salariés de Décathlon, sur les 100 salariés, 15 % d’absents pour cause de garde d’enfant ou de personnels fragiles.

« Nous n’avons plus d’inquiétude sur le rebond économique chez Décathlon, mais aujourd’hui c’est le succès que l’on doit gérer, avec les problèmes de stock et d’effectif. À noter que la clientèle est très patiente et compréhensive, lorsque le client doit attendre pour un conseil et que la file est longue. »

 

7jours N°5022 – 18 mai 2020