Couverture du journal du 23/02/2024 Le magazine de la semaine

Soirée de gala Orchestre national de Bretagne : les Chefs en scène

Reportée l’année dernière en raison du contexte social autour de la réforme des retraites, le grand gala de charité revient sur le devant de la scène. Organisée au Couvent des Jacobins le 9 février par l’Orchestre national de Bretagne (ONB) en partenariat avec l’école Ferrandi Paris-Campus de Rennes et quatre chefs étoilés, l’évènement promet rêves et paillettes. Avec un objectif : mettre en avant le mécénat, grand levier pour l’ONB. À la découverte des coulisses de cet évènement avec Marc Feldman, directeur de l’Orchestre.

©StudioCarlito

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Qu’est-ce qui est prévu pour cette soirée du 9 février ?

©Studio Carlito

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Marc Feldman. Premier gala de l’Orchestre national de Bretagne (ONB), ce sera un évènement qui marque la vie de l’Orchestre et relate son histoire, qui l’on est, qui l’on va devenir et tout le côté éclectique, voyageur et imaginatif de notre structure. Côté musical, cela s’appelle Ravel à Manhattan : les maîtres d’hier, Ravel et Gershwin, côtoieront la nouvelle génération d’aujourd’hui avec Jessie Montgomery et Samuel Strouk. Ce que nous voulons marquer, sont les nombreux échanges passés et actuels entre la France et l’Amérique. Au-delà de l’aspect artistique, c’est un événement qui a pour ambition de rapprocher, pour la première fois à Rennes, la musique symphonique et la gastronomie autour de l’excellence, en partenariat avec l’École Ferrandi – Campus de Rennes.

Parlons chiffres ?

M. F. C’est un événement ouvert au grand public : individuels et entreprises. Le prix du billet concert + cocktail est à 50 €. À cela s’ajoutent 150 € pour le dîner. L’ONB propose aux entreprises d’être mécènes de la soirée par le biais d’achat de table, (10 ou 6 personnes), incluant une part déductible.

L’idée est que le profit de cette soirée soutienne les projets de l’Orchestre, dont le projet Ponant principalement (initié en 2018, le projet Ponant est un projet de programmation artistique sensibilisant le public à l’environnement par le biais de la musique, ndlr). Les entreprises sont aussi amenées à acheter des tables avec un don supplémentaire, c’est déjà le cas pour beaucoup d’entre elles : la Banque Populaire Grand Ouest ; le groupe Kermarrec ; Rennes Enchères ; LactalisFoodservice ; Enthéos ; Galapagos ; MBA Mutuelle.

L’objectif est de pouvoir recueillir autour de 40 000 euros de dons. 1 000 personnes sont attendues pour le concert avec entracte et 200 pour le dîner. Nous avons d’ailleurs bien vu que les spectateurs qui réservent cette soirée ne sont pas des spectateurs habituels ; nous nous adressons au grand public, ce qui est important pour nous.

Les principaux acteurs de la soirée

· ONB

Marc Feldman, administrateur général de l’Orchestre national de Bretagne

Cécile Baudouin, chargée de mécénat de l’Orchestre national de Bretagne

 

Sylvain Guillemot ©TBS-Alice-Bertand

Sylvain Guillemot ©TBS-Alice-Bertand

· Quatre chefs :

Sylvain Guillemot, Auberge du Pont d’Acigné

Ronan Kervarrec, Maison Ronan Kervarrec – Le Saison

Julien Lemarié, IMA

Mathias Narcissot, pâtisserie Mathias Narcissot La Haute Gourmandise

Régis Ferey, Enseignant Formateur Pâtisserie ; Julien Lemarié, IMA ; Ronan Kervarrec, Maison Ronan Kervarrec - Le Saison ; Thomas Pasquereau, Enseignant Cuisine ©Studio Carlito

Régis Ferey, Enseignant Formateur Pâtisserie ; Julien Lemarié, IMA ; Ronan Kervarrec, Maison Ronan Kervarrec – Le Saison ; Thomas Pasquereau, Enseignant Cuisine ©Studio Carlito

· École Ferrandi Paris-Campus de Rennes :

Estelle Fequet, directrice de l’école

Régis Ferey, enseignant formateur pâtisserie

Guillaume Portier, enseignant cuisine

Thomas Pasquereau, enseignant cuisine

Pourquoi un tel évènement ?

M. F. C’est une soirée de bienfaisance pour l’Orchestre, où nous échangeons avec nos mécènes. L’ambition de cette soirée est vraiment de rassembler plusieurs acteurs économiques de la vie rennaise et même au-delà. Pouvoir créer un cercle avec les entreprises mécènes, mais aussi avec des particuliers qui souhaitent soutenir l’Orchestre et s’engager dans notre programme et nos projets. À travers certaines créations musicales, on sensibilise aussi le spectateur à différents enjeux, c’est une des empreintes de notre orchestre. La première édition annulée était d’ailleurs autour des enjeux environnementaux (Les Chants du vivant, ndlr).

Je me fais aussi plaisir avec ce gala car je suis né à Brooklyn et je vis en Bretagne, c’est un peu Brooklyn-Breizh comme soirée. Cet évènement permet aussi de faire vivre l’écosystème rennais en une soirée dont notamment, Aurélie Denais, sommelière ; Fleurs Etc (place des Lices) ; Angau & Co, traiteur qui fera le lien entre l’école, les chefs et l’ONB.

J’espère que cela donnera d’autres idées pour des évènements plus ponctuels. Peut-être organiser un gala tel que celui-ci tous les deux ans ?

Quel parallèle avec la gastronomie et la pâtisserie ?

M. F. Pour organiser une belle soirée de levée de fonds, il faut des partenaires de qualité, d’où notre relation avec l’école Ferrandi puisque nous sommes aussi très attachés à la transmission.

C’est l’occasion pour les étudiants de mettre en pratique dans le cadre d’un événement grand public leur apprentissage avec l’opportunité de réaliser des menus signés par de grands chefs étoilés.

Le parallèle entre la gastronomie et l’art ne date pas d’hier. Je pense que cela date de pratiquement le début de l’humanité, la gastronomie est aussi un art. Il faut beaucoup d’excellence et de technique comme la grande musique classique. On retrouve d’ailleurs des mots dans la musique et dans la cuisine, notamment « chefs ».

Comment vit l’Orchestre au-delà des mécènes ?

M. F.  Au-delà des mécènes, nous avons l’aide de la Région Bretagne, de la ville de Rennes, de l’État et de Rennes métropole. Il faut ajouter à cela, l’aide des Départements Ille-et-Vilaine et Morbihan. En tout, cela représente près de 4,5 millions d’euros par an, pour un budget total d’environ 5,6 millions d’euros par an. Les ressources propres de l’Orchestre comprennent la billetterie, la vente de concert et le soutien des mécènes.

Nous revenons progressivement à notre budget anté-Covid. Nous affichons de nouveau complet dans nos salles depuis la rentrée. C’est une bonne nouvelle pour le spectacle vivant : près de 60 000 spectateurs à l’année en Bretagne, dont 26 000 à Rennes. Notre métier est en mutation, nous souhaitons que le public qui vienne nous voir représente la société actuelle. Je ne souhaite pas « attirer » tout le monde, ce n’est pas le but mais l’idée est tout de même d’avoir un public hétéroclite de génération, de catégories sociales, issu de la diversité. Nous faisons d’ailleurs un travail avec les étudiants là-dessus.

Notre nouveau directeur musical, Nicolas Ellis, vient d’être nommé par nos tutelles pour un mandat de 4 ans. Il apportera une nouvelle jeunesse à l’orchestre du haut de ses 32 ans.

Le mécénat est-il primordial pour l’ONB ?

M. F.  Le mécénat s’organise avec nos clubs de mécènes, dont Symphonia et Concerto, avec très peu de turnover. Nous avons une moyenne de plus de 300 000 euros chaque année pour 25 à 28 mécènes entreprises selon les années. Cela représente entre 5 à 7 % de notre budget annuel. C’est important car nous sommes dans le palmarès des orchestres et opéras de France à ce niveau. Cela est comparable facilement par rapport à l’Opéra de Paris ou d‘autres grands orchestres qui lèvent bien sûr beaucoup plus d’argent mais leur budget est aussi beaucoup plus grand.

Notre mécénat s’organise surtout avec des rencontres assez régulières. Les mécènes sont très actifs dans la vie de l’Orchestre et veulent comprendre comment notre métier fonctionne.

 

Les partenaires ont dit :

Estelle Fequet, directrice Ferrandi-campus de Rennes ; et Régis Férey, Enseignant Formateur Pâtisserie ©Ferrandi-campus de Rennes

Estelle Fequet, directrice Ferrandi-campus de Rennes ; et Régis Férey, Enseignant Formateur Pâtisserie ©Ferrandi-campus de Rennes

Régis Ferey

« Chaque chef va proposer des plats auxquels il a déjà commencé à réfléchir et à travailler autour du mélange américain et breton. Idem en pâtisserie. Cela promet des échanges culturels à tous les niveaux, aussi bien dans le plat que dans la musique. Ils sont de Rennes et ils sont reconnus dans leur milieu. De plus, ils ont aussi la philosophie qui nous anime tous autour du partage de l’art et du bien manger.

Près de 24 élèves seront concernés pour effectuer tous les plats servis pendant la soirée, sans compter les autres élèves qui vont aider en salle, préparer le cocktail… Cela va solliciter pratiquement toute l’école, soit 260 élèves au total. Il y aura d’abord une restitution des chefs avec les élèves, puis ils participent à la réalisation des plats créés spécialement pour l’occasion.

Pour le final, nous préparons aussi une tombola. L’idée est de créer avec les élèves une œuvre en chocolat, plus d’une semaine de travail. Les spectateurs sont invités à participer à cette tombola en achetant des tickets. Le gagnant aura quelques kilos de chocolat à ramener chez soi. L’année dernière, l’œuvre prévue pesait près de 15 kg et mesurait 50 centimètres ! »

 

Estelle Fequet

©Ferrandi-Campus de Rennes

©Ferrandi-Campus de Rennes

« Nous proposons trois grandes activités à l’École Ferrandi – Campus de Rennes : hôtellerie-restauration ; commerce vente distribution et tertiaire. Cet évènement va donner un coup de projecteur et de la perspective sur ces formations, je n’ai pas hésité avant d’accepter.

Dans les valeurs de l’école, il y a l’ouverture sur les autres et l’ouverture sur le monde, et cela rejoint celles portées par cet évènement et l’ONB de manière plus large. C’est important d’être toujours dans la transversalité. »

 

Mathias Narcissot

Mathias Narcissot ©Studio Carlito

Mathias Narcissot ©Studio Carlito

« Je suis souvent à la recherche de nouveaux projets, cela permet de s’enrichir. Quand on m’a proposé ce défi j’ai tout de suite accepté ! C’est intéressant de pouvoir sortir de nos laboratoires et de se confronter à un univers que l’on ne connaît pas. Quelque part, nous faisons de la musique en partageant des émotions culinaires. L’art cela s’écoute et cela se mange.

Ce sera à nous d’être à la hauteur du concert. Pour les jeunes de Ferrandi, cela va leur permettre de profiter d’une expérience solide : en pâtisserie surtout, on peut mettre un gâteau en valeur différemment et avec plein de structures. En tant que professionnels, nous apportons notre expérience et notre vécu aux élèves. »

©StudioCarlito

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Bonus :

Votre rêve un peu fou ?

Ouvrir un café Brooklyn-Breizh ! Plus sérieusement, mon rêve pour l’Orchestre serait d’avoir une nouvelle salle de travail dans les années à venir et que l’orchestre obtienne vraiment la reconnaissance du travail qui a été accompli.

Une musique à conseiller ?

Un compositeur estonien à découvrir, Ülo Krigul. Mais je conseille surtout d’écouter des musiques d’aujourd’hui et de les découvrir, d’être curieux et ne pas rester dans le passé.

Dans le thème de la soirée, un plat ou un dessert préféré ?

Si je devais en choisir un, ce serait un sashimi de Saint-Jacques aux truffes, simple avec un petit filet d’huile de noix, c’est très bon et c’est de saison.

Une activité pour vous changer les idées ?

J’aime beaucoup la plongée sous-marine. `

Un mantra ?

C’est quelque chose d’actuel, malheureusement. Une phrase qui me revient souvent en tête : « Cela sera notre réponse à la violence : faire de la musique encore plus intensément, de manière encore plus belle et plus fidèlement encore. »