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Cress Bretagne : « Il est trop simple de cocher la case « ESS » »

La Bretagne est une terre d’Économie sociale et solidaire (ESS), de loin la première région française avec 13,9 % de l’emploi régional (166 000 salariés)*. Avec une particularité : l’ESS bretonne est très présente dans des secteurs marchands essentiels à l’économie régionale, comme l’agroalimentaire ou le tourisme. Cependant, ce secteur fait face à une problématique : mieux en définir les contours.

David Ison, chargé de mission à l’Observatoire de l’ESS  au Cress Bretagne, la Chambre régionale de l'économie sociale et solidaire de Bretagne (Cress) ©S.Se7Jours

« L’ESS est assez historique, surtout sur notre territoire breton », entame David Ison, chargé de mission à l’Observatoire de l’ESS  au Cress Bretagne, la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire de Bretagne (Cress), regroupant 110 réseaux et organisations locales de l’ESS. Composée de structures variées : associations, coopératives, mutuelles, fondations, entreprises de l’économie solidaire, d’insertion par l’activité économique (IAE), entreprises adaptées et, plus récemment, l’entrepreneuriat social.

Aujourd’hui, l’ESS est présente dans tous les secteurs d’activité, des services aux entreprises et aux personnes, à l’industrie, en passant par l’agriculture, le commerce ou le bâtiment et représente 30 % des grandes entreprises du secteur privé en Bretagne.

Mais est-elle assez connue ? Pour David Ison, « nous avons un peu plus de visibilité depuis la loi Hamon de 2014. Mais l’ESS n’est pas vraiment connue de manière globale. Elle a comme une image « sexy », véhiculée par certaines entreprises qui attirent par leurs projets innovants, la partie visible de l’iceberg. Mais cette économie n’est pas innovante : 1/3 de l’ESS relève du social et c’est cela surtout qu’il faut mettre en avant. Par ailleurs, de nombreuses structures qui relèvent de l’ESS ne le revendiquent pas… car le mot « économie » les fait fuir ! »

La Bretagne, première région française pour l’ESS

« Avec la loi de 2014, l’ESS est reconnue comme une composante essentielle de l’économie. Dès lors, nous avons pu avoir des données pour observer ce domaine. Avant cela, il n’y avait pas de périmètre officiel. » À l’étude de ces données, le constat est flagrant : la Bretagne est de loin la première région française concernant le poids de l’ESS dans l’économie, avec 13,9 % de l’emploi régional (166 000 salariés).
Cette situation s’explique notamment par trois facteurs : « Le premier est le poids des coopératives agricoles, une spécificité bretonne. Le second, le poids des coopératives bancaires (Crédit Mutuel de Bretagne, Crédit Agricole…) particulièrement active sur le territoire. Le troisième est le poids du soutien charitable de l’Église, historiquement fort en Bretagne. »

Associations : premier statut en volume d’emplois

Le secteur de l’action sociale occupe une place importante de l’ESS, avec 57,6 % des effectifs salariés de la région. Vient ensuite le secteur de l’hébergement social et médico-social (de personnes âgées, handicapées ou en difficultés), qui représente 43 % des salariés du secteur social de l’ESS.
L’ associatif est, par ailleurs, le premier statut de l’ESS en volume d’emplois : les associations représentent ainsi 92,4% des structures de l’ESS et 71 % des effectifs de l’ESS en Bretagne. Le poids de l’emploi associatif dans l’économie régionale est de 10,1 % (2 points au-dessus de la moyenne nationale). C’est également le statut le plus diversifié en termes de secteurs d’activité.

Définir des contours clairs

« Lors de la création d’une société, il est très simple de cocher la case « ESS ». » Si les critères pour définir les acteurs de l’ESS sont connus, « la problématique aujourd’hui, c’est que les contours des critères pour les sociétés commerciales ne sont pas bien définis. Certaines structures sont inscrites comme relevant de l’ESS mais ce n’est pas le cas. » Grâce à l’agrément Esus – permettant aux acteurs de l’ESS de bénéficier de certains fonds, notamment le Dispositif local d’accompagnement – « nous arrivons à un peu mieux déceler les « véritables » structures de l’ESS »​​​.

Cress Bretagne

Créée il y a une vingtaine d’années sur l’initiative de réseaux régionaux de l’ESS bretonne, la Cress Bretagne promeut cette économie et contribue au développement des synergies interrégionales entre réseaux. 24 personnes travaillent au sein des 19 pôles bretons pour répondre aux besoins de 120 adhérents. « La Cress Bretagne est particulièrement précurseure et porteuse d’innovations que les autres Cress suivent. »

Dernièrement, de nombreux projets ont été mis en place :

– Création d’un gérontopôle ;
– Outils pour la réinsertion des prisonniers dans le secteur pénitentiaire ;
– Projet de structuration et accompagnement des acteurs de l’ESS dans le secteur agricole et de l’alimentation « qui a souvent une mauvaise image » ;
– Développement du réseau RAB (réseau des ressourceries en Bretagne), « un gros sujet en développement depuis quelques années » ;
– Aide à l’élaboration d’une certification de technicien valoriste du réemploi certifiée au RNCP.

L’ESS Bretagne en chiffres

12 000 établissements

166 000 salariés

4,3 milliards d’euros de masse salariale

5 % de croissance de l’emploi entre 2011 et 2016

2 x plus d’emplois industriels dans l’ESS bretonne

*Sources : l’Observatoire de l’ESS du Cress Bretagne, avec les chiffres de l’Insee Flores.