Couverture du journal du 19/04/2024 Le nouveau magazine

Dinard : Irving Penn, photographies de la collection Pinault

Depuis 2006, la photographie occupe une place de choix dans la Collection Pinault : de Gustave Le Gray à Cindy Sherman, d’Irving Penn à Henri Cartier-Bresson, de Raymond Depardon à Lee Miller… C’est donc avec enthousiasme que François Pinault a accepté, à l’invitation de la ville de Dinard, d’exposer à la villa Les Roches Brunes, sur la pointe de la Malouine, une série de portraits du photographe américain Irving Penn. À découvrir jusqu’au 1er octobre.

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Irving Penn (1917-2009) est l’un des maîtres de la photographie du 20 e siècle, un photographe de studio salué pour ses images de mode et ses portraits d’artistes : peintres, chorégraphes, musiciens, architectes, cinéastes et écrivains. Une galerie de personnages en noir et blanc : Salvador Dali, Alberto Giacometti, Joséphine Baker, Louis Armstrong, Marlene Dietrich, Colette, Alfred Hitchcock, Anouk Aimée, David Bowie et tant d’autres !

Ce qui frappe dans ses portraits, c’est la simplicité avec laquelle les modèles s’offrent au regard du spectateur. Une Simplicité qui contraste avec les savantes mises en scènes de la photographie des magazines de mode, tel Vogue, l’un des plus novateurs dans ce domaine pour lequel Irving Penn a longtemps travaillé.

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Le modèle mis à nu

C’est dans un décor dépouillé à l’extrême, un recoin formé par deux cloisons avec, pour seuls accessoires, un tabouret, une table de bois, un drapé sombre, loin de tout artifice qu’Irving Penn parvient « à cristalliser l’essentiel du sujet, à maintenir une parcelle de sa vérité, dans toute son épaisseur ». Le photographe aimait faire de son studio un refuge impénétrable, loin du monde brillant et éphémère où évoluaient les personnalités de la scène artistique internationale. Condition indispensable pour instaurer une certaine proximité avec ses modèles, extraits de leur milieu.

L’art de la composition

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L’art d’Irving Penn réside dans son travail de l’ombre et de la lumière pour sculpter les visages, donner de la profondeur au regard et aux expressions. Ce travail de la pose en studio s’apparente à l’art de la composition par l’immobilité des sujets. Il n’est pas sans rappeler les natures mortes du photographe. Artiste parmi les artistes, d’abord formé à la peinture, Irving Penn s’intéresse aussi aux procédés d’impression les plus sensibles avec une prédilection pour le tirage au platine qui permet de créer une image aux variations tonales illimitées. Ce visionnaire avait compris que la photographie est un médium artistique aussi noble que la peinture et la sculpture.

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Hors de l’atelier, de la scène ou des plateaux de cinéma, les artistes apparaissent sans fard – ou presque – et sans apparat, sous le regard curieux du photographe. L’ascèse du décor et la concision graphique d’Irving Penn lui permettent de saisir à fleur de peau la psychologie de ses modèles et de faire rayonner leur personnalité. Tout passe par la pose, le visage, le regard, l’expression : la pose très assurée de Salvador Dali à New-York en 1947, le regard ténébreux de Colette, le sourire enjôleur de Joséphine Baker, le beau visage impénétrable d’Anouk Aimée, l’expression étonnée de Marlène Dietrich, la moue d’Alfred Hitchcock… Irving Penn a exercé une influence indéniable sur l’art photographique : « Simplicité, lumière, construction, distance ». Une formule magique pour révéler les êtres et les choses sur papier glacé.

Irving Penn, Portraits d’artistes, photographies de la collection Pinault,
Villa Les Roches Brunes, 1 allée des Douaniers, 35800 Dinard,
Du 11 juin au 1er octobre 2023.