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Femmes de Bretagne et de Loire-Atlantique : les femmes PRO-actives dans l’Ouest

Depuis sa création en 2014, l’association Femmes de Bretagne et de Loire-Atlantique, basée à Rennes, réunit aujourd’hui 1 600 adhérentes sur les cinq départements bretons historiques. Avec douze membres au conseil d’administration et 100 coordinatrices, elle est aujourd’hui la première association féminine de Bretagne et l’une des premières de France, et tourne grâce à un budget global de fonctionnement de 250 000 euros annuel. Rencontre* avec Hermine Mauzé, sa présidente depuis juin 2023, qui veut « libérer les femmes de l’autocensure ».

©StudioCarlito

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Hermine Mauzé, présidente de Femmes de Bretagne et de Loire-Atlantique depuis juin 2023, évoque les actions que l’association met en place pour « libérer les femmes de l’autocensure ».

Quelles sont les principales missions de l’association ?

Hermine Mauzé. Notre réseau agit pour favoriser la création, la reprise et le développement d’entreprises par les femmes sur le territoire breton et de Loire-Atlantique.
Nous avons trois missions. D’abord, sortir les femmes de l’isolement : la mise en réseau, car l’entrepreneuriat en nécessite absolument un. La deuxième mission, en construction, c’est de remettre les femmes dans les cursus de l’entrepreneuriat. Notre troisième raison d’être, c’est aussi d’être un bon guichet pour flécher le chemin des entrepreneuses. Il y a de nombreux acteurs sur tout le parcours entrepreneurial mais on ne sait jamais vers quel guichet se tourner aux différentes étapes du processus.

« Près de 40 % des entrepreneurs en Bretagne sont des femmes »

Économiquement, comment fonctionne l’association ?

H. M. L’association fonctionne sur un modèle mixte classique, nous avons un budget global de fonctionnement de 250 000 euros annuel, issus de subventions et d’une quinzaine de partenaires privés à l’année : BPGO, les EPCI, The Land, BPI (avec Vincent Lebrecht le responsable des associations), le FEB, la BPI, AG2R, le groupe Rocher, le Printemps… Évidemment ces partenaires privés sont choisis en fonction de leurs actions en faveur des femmes. C’est un vrai combat.

Nous avons aussi des aides des institutionnels, notamment la région et son président, Loïg Chesnais-Girard, très attaché au tissu associatif.

Autrement, les 1 600 adhérentes, issues de 70 villes, cotisent à hauteur de 45 euros par an. C’est très peu : nous nous adressons à des zones rurales et certaines ont peu de moyens à consacrer… Nous ne voulons pas que cela soit un frein à l’adhésion au réseau, même si, avec les problématiques d’inflation, nous allons être forcées de revoir les tarifications.

Vous organisez des évènements ?

©StudioCarlito

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H. M. Nos 100 coordinatrices bénévoles mettent en place 600 événements annuels sur toute la Bretagne historique, allant des ateliers sur tous les sujets liés à l’entrepreneuriat (Comment gérer les Fonds, Créer un business plan, Apprendre à négocier, Quelle posture adopter…). Nous sommes aussi sur des temps forts : par exemple le prix écovisionnaire, le Forum économique breton auquel on est associées etc.

Ces événements permettent de réunir les adhérentes et de faire tomber le frein majeur : l’autocensure. Beaucoup de femmes n’osent pas entreprendre parce qu’elles ont peur.

L’entrepreneuriat est toujours un milieu masculin ?

H. M. Les temps changent, mais dans certaines situations, c’est toujours sur les femmes que repose la gestion des enfants, la charge domestique et par conséquent elles ont moins de temps pour développer leurs projets professionnels. C’est donc toujours un milieu majoritairement masculin.

Malgré tout, près de 40 % des entrepreneurs en Bretagne sont des femmes, contre 36 % en France. Nous sommes très bons dans la Région, ce qui est rassurant. La Bretagne a toujours été une espèce de laboratoire, de zone de création d’entreprise, sur différents sujets (agriculture, industrie, tech, cyber…). C’est un terreau très fertile. Une des raisons est probablement que la mise en réseau marche très bien. Le breton étant très accueillant.

« Nous faisons partie des plus gros réseaux Français et nous sommes le plus gros en Bretagne. »

Quelles sont les principales problématiques des femmes entrepreneurs ?

©FDBLA

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H. M. Nous avons de plus en plus de mal à identifier des problématiques communes, elles sont extrêmement diversifiées. Il y a tout de même des profils types. Il y a les solopreneures, dont les problématiques sont de gérer toutes les parties de l’entreprise en même temps. Il y a les femmes en stade de création d’entreprises qui doivent accélérer et faire entrer des investisseurs. Enfin, des femmes seniors qui sont dans une démarche de give back, qui ont été aidées et qui reviennent au sein de l’association pour donner en retour ou chercher de nouveau le soutien ou les informations qu’offre le réseau, par exemple.

Elles sont nombreuses, et notamment en démarche de création d’entreprises, qui veulent du temps, concilier vie privée et professionnelle.

D’ailleurs, « être son propre patron », est-ce avantageux ?

H. M. L’entrepreneuriat demande beaucoup de temps, il y a des temps forts et des temps morts et l’on est souvent peu accompagnée. C’est une aventure humaine qui requiert une forme de rigueur et d’équilibre. Quand on est salarié, on en a une vision complètement fantasmée : c’est vrai que l’on est son propre patron mais si l’on prend l’exemple des jours de congé, évidemment on peut prendre quand on veut… mais on ne touche pas de salaire.

De nouvelles formes d’entrepreneuriats existent, comme l’intrapreneuriat : des entrepreneurs au sein de groupes. Pour des missions de six mois à un an par exemple, elles peuvent développer des projets de manière agile, avec des méthodes de travail de start-up. À l’issue, elles ont le choix de poursuivre le projet en dehors de l’entreprise.

Cette notion n’est pas connue du grand public et peu proposée et c’est pourtant souvent la plus adaptée à nos adhérentes. Nous sommes aussi là pour donner ce type de clé.

L’association attire beaucoup ?

Le réseau des Femmes de Bretagne et de loire-Atlantique ©FDBLA

Le réseau des Femmes de Bretagne et de loire-Atlantique ©FDBLA

H. M. L’association est en hypercroissance, nous faisons d’ailleurs face à la difficulté de l’audit, nous y travaillons pour nous structurer.

Nous sommes en augmentation de 15 à 20 % chaque année depuis trois ans. Le monde du travail a changé, notamment depuis le Covid : de nombreuses femmes nous disent qu’elles ont des attentes personnelles extrêmement fortes mais qu’elles ont beaucoup de mal à les réaliser car le cadre ne leur permet pas. Elles quittent ainsi le salariat pour cette raison.

D’autres réseaux comme Femmes de Bretagne et de Loire-Atlantique existent ?

H. M. Bien sûr, et nous travaillons ensemble ! Si l’on est seul sur un marché, en général, c’est mauvais signe. Nous faisons partie des plus gros réseaux Français et nous sommes le plus gros en Bretagne. Mais à Rennes notamment, il y a Entreprendre au féminin Bretagne, les Premières, Entreprendre pour apprendre… Pleins de réseaux qui œuvrent pour ces mêmes missions d’aides à l’entrepreneuriat. Et il y en a de plus en plus. Ce qui est important, c’est de ne pas se faire de concurrence. Nous avons des liens étroits avec les différents réseaux.

« 15 à 20 %  d’adhérentes supplémentaires chaque année depuis trois ans »

Quels sont vos axes de développement ?

H. M. D’abord, rester concentrées sur nos missions premières. Au-delà de ça, la perspective est d’avoir du poids et une oreille auprès des politiques publiques. Cela passe par un laboratoire d’études pour l’amélioration de la position des femmes dans la chaîne hiérarchique.
À l’avenir, nous aimerions aussi développer une offre de marrainage : proposer à certaines femmes entrepreneuses de marrainer une adhérente.
Dans cet esprit de femmes modèles, nous lançons un nouveau rendez-vous, nommé le webinaire Coup d’Oeil – 60 minutes avec une femme qui mérite le coup d’oeil -, et notre première invitée sera Clarisse Le Court, fondatrice de Claripharm (22), qui partagera ses conseils à destination de tous les porteurs de projets.

 

Quel cheminement pour l’entrepreneuriat ?

À chaque étape du projet entrepreneurial se trouve une instance à même de répondre à différentes problématiques. « Sur la mise en place, quand il faut poser les bases, ce sera plutôt la CCI, qui va être en mesure de présenter des relations ou qui va proposer le rachat d’une entreprise déjà existante. Ensuite, lorsque le projet est un peu plus abouti, il faut lever des fonds grâce à France Active par exemple. Arrive la phase d’accélération : l’incubateur les Premières Bretagne peut préparer un programme d’accélération… À tout moment, nous restons disponibles pour aiguiller les entrepreneuses. »

Hermine Mauzé et Sandra Chevillon, présidente et codirectrice du réseau FDBLA ©StudioCarlito

Hermine Mauzé et Sandra Chevillon, présidente et codirectrice du réseau FDBLA ©StudioCarlito

Qui sont Sandra et Quitterie, les deux salariées de l’association ?

Sandra Chevillon a d’abord suivi un BTS d’animation et gestion touristique locale à Rennes, avant d’aller parfaire son anglais en Nouvelle-Zélande puis comme hôtesse pour Brittany Ferries. Elle obtient ensuite une licence de marketing de l’hôtellerie internationale à Versailles, qui la mène à travailler dans des entreprises familiales bretonnes à divers postes (commercial, communication et événementiel) : neuf ans chez Oceania Hôtel et six ans pour le groupe Jeulin. À Femmes de Bretagne et de Loire-Atlantique, elle développe la communication et l’événementiel et fait le lien avec les coordinatrices.

Quitterie Ducret : après un parcours scolaire en anglais dans les sections internationales de Sèvres et une licence de journalisme, Quitterie part en Australie pour y suivre un master en relations internationales spécialisé en développement communautaire et résolution de conflits. 

Quitterie Ducret, codirectrice du réseau ©FDBLA

Quitterie Ducret, codirectrice du réseau ©FDBLA

Globe-trotteuse, elle a œuvré dans de nombreuses associations pour aider les femmes partout dans le monde. Après avoir mené différents projets auprès de populations locales précaires au Mexique, cette Lyonnaise d’origine a posé ses bagages en Bretagne, où elle a travaillé pour l’association Entourage Bretagne de Rennes. Codirectrice, elle est responsable, depuis début février, des partenariats privés et institutionnels.

BONUS

Votre parcours ? J’ai commencé comme journaliste pour France 24, spécialisée sur le Moyen-Orient (Liban), puis j’ai intégré BFM TV. J’ai ensuite créé ma boîte de production audiovisuelle, Yunikon Production, après avoir été à Numa (incubateur de start-ups), un peu par hasard. Dans ma vie professionnelle, j’ai été énormément aidée par des femmes, ce qui m’a probablement poussée inconsciemment à Femmes de Bretagne et de Loire-Atlantique. Aujourd’hui, j’ai vendu mon entreprise et j’ai une nouvelle page de ma vie à écrire.

 

Quel conseil pour une femme qui veut se lancer ? L’apprentissage.L’entrepreneuriat c’est comme l’éducation, cela s’apprend, il faut suivre un cursus, on ne peut pas tout faire au feeling. Il n’y a pas de magie.

 

Une œuvre culturelle ? La liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix. Sur ce tableau, il y a un paysan au premier plan, puis un étudiant, un homme et enfin une femme, représentant la liberté. Je suis très attachée à l’égalité des chances, des conditions. Je considère que tous les Êtres humains ont le droit à la réussite.

Une phrase ? « On considère le chef d’entreprise comme un homme à abattre, ou une vache à traire. Peu voient en lui le cheval qui tire le char » – Winston Churchill. C’est simple, l’entrepreneuse a la responsabilité de l’équipe.

*Photos et entretien réalisés à l’hôtel Balthazar de Rennes et au café les Trois Marguerites.