Couverture du journal du 16/04/2021 Consulter le journal

Femmes du Bâtiment : quels chemins parcourus ! Rencontre avec trois femmes bretilliennes.

Le 8 mars est une journée dédiée, la Journée internationale des droits des femmes. L’occasion de faire une traditionnelle photo, un instantané forcément partiel, sur ce vaste thème. Voici notre cliché 2021 : une rencontre avec trois femmes bretilliennes, travaillant dans le secteur du bâtiment, ce qu’elles ont vécu dans ce monde professionnel masculin, leur place, leur évolution.

Agnès Toutant, Chrystèle Gallenne et Véronique Ikène

Agnès Toutant, Chrystèle Gallenne et Véronique Ikène © Studio Carlito

Peinture, couverture, menuiserie, elles évoluent toutes trois dans des entreprises du bâtiment, pas réputées pour être un univers très féminin. Elles avoisinent la cinquantaine, et observent que ces cinq dernières années beaucoup de préjugés sont tombés sur la femme, et ses prétendues capacités dans le monde du travail.

Agnès, Véronique et Chrystèle s’accordent à dire que la génération précédente s’est battue pour de nombreux droits des femmes. Aujourd’hui elles se voient dans une continuité plus amène, moins combative.

Elles seraient même agacées par cette notion de parité à tout prix. Préférant regarder le présent et l’avenir, plus que de s’appesantir sur le passé, elles dressent un plaidoyer indulgent sur leur 20 à 30 années de vie professionnelle dans ce monde d’hommes. Et pourtant, quels chemins parcourus !

Véronique Ikène : Chez Peinture Tiriault, le patron est une patronne

Véronique de Peinture Tiriault à Acigné

Véronique de Peinture Tiriault à Acigné © Studio Carlito

« J’ai repris l’entreprise familiale il y a 21 ans. Il n’y avait pas beaucoup de femmes à l’époque, même dans la peinture, et encore moins de dirigeantes. Des personnes étaient persuadées que mon père n’avait pas de fils pour qu’il transmette ainsi son entreprise à une fille. Or je me suis toujours sentie légitime aux yeux de mes parents, être une femme n’était pas une question, la seule question qui compte c’est la compétence. Je crois qu’aujourd’hui, 20 ans après, c’est quelque chose de largement acquis : on regarde les compétences.

Par ailleurs sur les chantiers, j’ai vu l’évolution des mentalités. Il y a toujours eu des femmes chez Tiriault, et bien quand on débarquait sur un chantier, il y a 20 ans on entendait « Ha non v’là Tiriault il va y’avoir des filles », depuis 5 ans c’est « Hé ouais, v’là Tiriault il va y’avoir des filles ». Il faut aussi comprendre que ce frein à l’accueil des femmes sur le chantier venait notamment de l’obligation de mettre en place un vestiaire fille : coût supplémentaire et partagé avec l’ensemble des intervenants sur le site via une gestion commune (le compte prorata).
Aujourd’hui cette mixité est intégrée, et même bienvenue, tout le monde s’accorde sur le fait que l’on avance mieux avec nos complémentarités. »
Un constat qu’elle observe auprès de nombreux artisans, en tant qu’élue vice-présidente à la CMA 35.

Agnès Toutant : depuis 22 ans dans l’entreprise Toutant Couverture, co-gérante depuis 5 mois

Agnès Toutant, de Toutant Couverture

Agnès Toutant, de Toutant Couverture à Miniac-Morvan © Studio Carlito

« Nous menons une vie professionnelle partagée avec mon mari depuis 22 ans. Les premières années je l’ai épaulé sur la partie administrative et comptable de l’entreprise, « en sous-main » en quelque sorte. De salariée je suis devenue co-gérante en octobre dernier.
Je me rends compte aujourd’hui qu’avec ce statut je retrouve une liberté et une autonomie, une reconnaissance aussi de mon travail. Pourtant cela ne m’avait jamais vraiment posé question, il n’y avait pas de problème, quand cela fonctionne pourquoi changer. Je n’avais jamais demandé à mon mari de devenir co-gérante non-plus, c’est un choix qui s’est fait au fil du temps et à deux. »

Femme du patron ? « C’est souvent comme cela que l’on nous identifie, mais cette étiquette est erronée, nous avons une identité et un rôle à part entière. »

Chrystèle Gallenne : depuis 9 ans dans l’entreprise Alu Rennais. Déléguée départementale du groupe Femmes du BTP35

Chrystèle Gallenne d’Alu Rennais à La Chapelle-des-Fougeretz

Chrystèle Gallenne d’Alu Rennais à La Chapelle-des-Fougeretz © Studio Carlito

« Je suis arrivée dans l’entreprise de mon mari il y a 9 ans, comme Responsable RH. Auparavant, je travaillais au Service Ressources Humaines de Canal + à Rennes. J’ai trouvé un changement radical entre le monde du Bâtiment et de l’Audio-visuel. En 2012, il y avait 3 femmes, qui géraient la partie administrative, accueil, comptabilité, secrétariat, sous-traitance…
J’ai ressenti les stéréotypes du monde masculin, des paroles très « cash », peu de place à la communication et aux changements. Je n’y étais pas préparée je crois. Mais cela a évolué ces dernières années.

Il y a vraiment peu de femmes dans nos métiers de la menuiserie. Aujourd’hui, sur 2 sites (La Chapelle-des-Fougeretz et Plougou-melen), sur 114 salariés on compte 12 femmes : aucune sur les chantiers, une femme en atelier de fabrication, deux femmes en conduite de travaux, une au service métré, une au Service Qualité et Sécurité et 6 au Service Administratif.

Intégrer le Groupe Femmes de la FFB 35, a permis de consolider la confiance en soi ; d’ailleurs je suis devenue la déléguée du groupe il y a 4 ans. Co-gérantes, femmes d’artisans, bras droit administratif, nous sommes une centaine de femmes dans ce réseau et nous proposons une réunion par mois. Ces réunions m’ont vraiment aidé pour la confiance en soi, pour sortir de l’isolement, pour les échanges libres sur divers sujets. Nous abordons des thèmes comme la gestion de patrimoine de l’entreprise, les changements de statut… Ces réunions nous permettent de nous informer et de réfléchir sur la place des femmes dans nos entreprises ! »

 

La parité : pas d’obligation professionnelle

Agnès Toutant est aussi élue politique : au conseil municipal de Miniac-Morvan depuis 2008, à Saint-Malo Agglomération aussi et au Conseil départemental.

« Dans le monde politique, j’ai vu l’évolution des relations homme-femme. En 2008 lors des élections municipales, ne s’est pas vraiment posé la question de parité, j’étais investie dans la vie associative de la commune, voilà pourquoi j’ai été approchée. Mais en 2014 il y a eu cette obligation de parité… et là, il a fallu trouver des femmes, notamment pour le Conseil départemental ! Les hommes, très largement majoritaires dans les instances politiques délibérantes ont dû ouvrir leur regard, s’interroger sur les compétences des femmes.
Cela a vraiment été une opportunité pour intégrer cette assemblée, ça m’a tout simplement ouvert les portes. Avec ensuite l’idée de s’engager pleinement, ne pas se taire dans un coin parce que l’on est élu par le biais de quotas. Dans ce cadre là, politique, on voit le bien-fondé des mesures contraignantes, mais je n’ai pas ce même regard sur l’obligation de parité dans le travail, il faut garder cette liberté dans le choix de son métier. »

Chrystèle Gallenne : « C’est tout à fait impossible d’imposer une parité dans certains métiers. Dans l’entreprise on n’est même pas à 10 % de femmes. On a adapté les structures, car il faut des vestiaires séparés pour la partie Atelier par exemple. On peut favoriser l’accueil, mais pas forcer. »
Véronique Ikene : « On compte un tiers de personnel féminin sur nos chantiers. Je ne vois pas comment parler de parité, où est l’équilibre, où placer le curseur ? »

Aujourd’hui le sujet de société est moins l’égalité homme-femme, mais plus largement les questions de mixité, culturelle et sociale.

« On remercie nos mères »

Toutes trois s’accordent sur le chemin parcouru sur les droits des femmes « C’est vrai que les générations précédentes ont combattu pour acquérir des droits – on parle de la France car ce n’est pas le cas partout dans le monde. On remercie nos mères d’avoir fait ce travail. En revanche ce terme combat, c’est excessif aujourd’hui. On fait réfléchir, sans imposer, la société a pris conscience de la différence et de la richesse de cette complémentarité homme- femme ». Pour Véronique Ikène, « nous ne sommes plus dans le combat aujourd’hui, ou de rapport de dominant-dominé. On est à un autre palier, aujourd’hui le sujet est moins l’égalité homme-femme, que plus largement des questions de mixité, culturelle et sociale. »

Le Rôle modèle

Cette notion de « rôle modèle » indique cette capacité à inspirer, susciter ce qui est de l’ordre des possibles, montrant ici – s’il le fallait encore -qu’une femme peut-être une dirigeante, en entreprise comme en politique. Pour ces trois femmes, « être une femme active aujourd’hui est normal. On peut enlever cette étiquette « femme ». Il faut simplement continuer à conforter sa place, à faire entendre sa voix, avoir confiance et assumer ses envies. »