Couverture du journal du 24/06/2022 Consulter le journal

Entretien avec Mario Piromalli, fondateur de YAO! : « Les jeunes ne représentent pas l’avenir, mais le présent »

Entreprendre quand on a moins de trente ans et bénéficier des conseils avisés de ceux qui sont déjà dans le grand bain : c’est possible avec YAO! Depuis 2014, le fonds de dotation breton propose aux jeunes entrepreneurs de créer un lien privilégié avec un chef d’entreprise du territoire, sur la base d’un parrainage. Rencontre avec l’homme à l’origine du concept, l’entrepreneur rennais à succès Mario Piromalli.

Mario Piromalli, fondateur de YAO!

Mario Piromalli, fondateur de YAO! © Studio Carlito

7J : Il existe de nombreuses initiatives sur le territoire pour accompagner les jeunes, alors pourquoi avoir créé YAO! ? Quelle est la particularité du fonds de dotation ?

L’idée de départ de YAO! était de donner l’opportunité aux jeunes qui ont envie d’entreprendre d’échanger de manière privilégiée avec des entrepreneurs expérimentés. Une occasion unique pour eux de bénéficier de conseils qui leur feront gagner des années! Une chance également pour le parrain ou la marraine de s’enrichir du dynamisme d’un jeune ayant une vision et une culture nouvelles. La spécificité de YAO! est dans cette réciprocité des échanges.

7J : Comment cela fonctionne ?

Les candidats doivent avoir entre 18 et 30 ans. Il y a une procédure d’inscription, légère, car les jeunes n’aiment pas les choses trop institutionnelles. Il suffit d’aller sur le site de YAO! et de répondre à quelques questions. Si la personne est retenue, nous lui attribuons un parrain en prenant en compte ses souhaits, son activité. Ensuite, ils se rencontrent et si ça « match » ils s’organisent comme ils le souhaitent pour échanger régulièrement ensemble, de la manière qui leur convient.

YAO! ne s’est pas fait seul…

« Yao! est né sur le territoire breton pour le territoire breton ». Explique son fondateur Mario Piromalli. L’homme aux 22 MacDo et 1500 salariés est un entrepreneur à succès. Il s’est fait seul grâce à « la confiance de son entreprise », qui lui a tendu la main et aidé à gravir les échelons. Ce qu’il a reçu, il souhaite aujourd’hui le transmettre « c’est la mission » qu’il s’est fixée. Originaire de l’est de la France, Mario Piromalli aime ce territoire breton sur lequel il a posé sa réussite et trouvé des valeurs comme « l’entraide et la solidarité ». Alors en 2014, il envisage de porter une action sur le territoire pour faire se rencontrer deux mondes : les chefs d’entreprises installés et les entrepreneurs en devenir. Un moyen de porter l’entrepreneuriat breton dans son unité, d’acculturer les jeunes à l’écosystème, aux valeurs du territoire. « L’idée était belle, mais je voulais m’entourer des conseils, de la vision d’autres chefs d’entreprises. Je souhaitais des regards un peu extérieurs, me rassurer aussi sur le fait que je ne faisais pas tout ça pour flatter mon égo, mais pour le bien commun. Dès le début étaient présents à mes côtés pour construire le projet : Bernard Angot; Stéphane Besnier; Emmanuelle Chollet; Bruno Cressard; Jacques Delanoé; Anne Giummelly; Richard Rohou; Jocelyn Denis; Yves Neveu; Patrick Hingant et Eric Challan-Belval qui est maintenant vice-président de YAO! »

7J : Qu’est-ce qui motive les chefs d’entreprise à mobiliser du temps pour apporter leurs conseils, transmettre leur expérience ?

Tous et toutes ont un point commun : la volonté de transmettre généreusement et sincèrement ce qu’ils vivent ou ont vécu dans leur vie de chef d’entreprise et ça, ça a une valeur extraordinaire ! Vous savez c’est une chance incroyable pour un jeune entrepreneur de bénéficier d’un temps de qualité avec des personnes d’expérience qui sont passées par les mêmes étapes qu’eux, avec qui ils vont pouvoir échanger sur leurs problématiques, en toute confiance. Et puis ce contact intergénérationnel est gagnant-gagnant. Les chefs d’entreprise ont aussi beaucoup à apprendre des plus jeunes, de leurs méthodes, des habitudes de leur génération, de leur vision. Le monde change et on ne le comprend pas toujours. Eux, ils sont dans « ce moov ». Ils nous apportent bien plus qu’ils ne le pensent. D’ailleurs je me demande dans cette histoire qui apporte le plus aux autres…

Les chefs d’entreprise ont aussi beaucoup à apprendre des plus jeunes

7J : Finalement avec YAO! vous participez à décloisonner les générations d’entrepreneurs, à assurer une cohésion du tissu entrepreneurial ?

Tout à fait. Au-delà de créer des binômes intergénérationnels, nous organisons différents évènements qui contribuent à fédérer un réseau fort, à faire se côtoyer toutes les générations d’entrepreneurs, dans l’échange et la bienveillance. Chaque mois nous proposons un « Kafé des filleuls » où nous réunissons tous les jeunes entrepreneurs adhérents à YAO! autour d’un thème, ce qui leur permet de se rencontrer et d’échanger sur une problématique commune. Et puis environ trois fois par an, tout le monde est réuni, parrains et filleuls, pour une grande soirée, et là c’est une ouverture sur l’entrepreneuriat du territoire extraordinaire! Aujourd’hui, 600 personnes font partie de la communauté YAO! 60 % de jeunes qui viennent se faire parrainer et 40 % de chefs d’entreprise. Notre plus grande fierté c’est de voir des filleuls devenus parrains.

De filleuls à parrains

Le fonds de dotation a vu de nombreux filleuls depuis 2014, grandir et devenir à leur tour parrains et marraines. C’est le cas de Laure Haezebrouck du Loft, de Sébastien Marquant de ImmaTerra, de Julie Lefeuvre d’Inspy, de Cindy Beaulieu de l’agence ARZéine, de Steve Dallavalle du Lion Coach ou encore de Kahina Drider de l’Agence demain…

7J : Les jeunes entrepreneurs qui viennent chez YAO! ont-ils des problématiques, des freins spécifiques, liés à leur âge ou à leur manque d’expérience ?

La jeunesse à du talent, mais elle a quelquefois peur de l’exprimer ou elle n’a pas confiance. Souvent, elle n’a pas non plus les réseaux. Notre rôle en tant que chefs d’entreprise aguerris c’est de les aider, les guider, les alerter sur certaines erreurs qu’ils pourraient être amenés à commettre, les mettre sur de bons rails. Les jeunes ne représentent pas l’avenir, ils sont notre présent. Notre mission est de les accompagner dans leur développement, de les écouter, de les rassurer. Par contre, il est important de s’aligner avec leur vision, leurs méthodes parce que les jeunes générations ne créent pas des entreprises avec les mêmes aspirations que nous à l’époque.

L’engagement est un mot qui colle bien aux jeunes

7J : Vous notez donc des différences significatives entre cette jeune génération d’entrepreneurs et les précédentes sur leur façon d’aborder l’entrepreneuriat ?

Oui. Chez les générations précédentes, les motivations pour créer une entreprise étaient souvent de monter de niveau social, de s’enrichir. La plupart d’entre nous voulions gagner plus que nos parents. Pour les jeunes c’est totalement différent, la notion d’argent passe souvent au 3e, 4e, 5e plan! Ils pensent, avant tout, sens et utilité environnementale et sociale. Vous trouverez très peu de jeunes aujourd’hui qui veulent créer une entreprise sans que ça fasse du bien sur leur territoire, sans que cela ait un écho écologique et sans que cela ait un vrai sens. Les jeunes ne vont plus fabriquer des pulls avec des matières qui viennent de l’autre bout du monde, ramassés par des enfants de 12 ans. Ça n’existe plus ça ! C’est une différence de taille. Ils auraient pu continuer comme nous, s’enrichir sur le dos de la terre, mais non. L’engagement est un mot qui colle bien aux jeunes.

Comment fonctionne le fonds de dotation ?

« Cela fonctionne avec l’argent que le fondateur veut bien y mettre ou que des donateurs veulent bien y verser. Le fonctionnement de YAO! nécessite un budget d’environ 100 000 euros par an. Les sommes versées sont défiscalisables. Il n’est pas nécessaire d’être donateur pour être parrain, donne qui veut. Sur les dernières années, les donateurs représentent environ 20% de la somme nécessaire au fonctionnement de YAO! Et j’apporte le reste. Ces donateurs viennent de différents horizons et leurs contributions peuvent aller de 50 à 10 000 euros. Ce sont des personnes qui trouvent une vraie utilité à ce que nous faisons chez Yao! Il y a aussi quelques jeunes passés chez nous qui ont mis 40, 50 euros. C’est super sympa. »

7J : Selon les chiffres 2018 de l’INSEE, 38% des entrepreneurs ont moins de 30 ans. Peut-on parler d’une génération entrepreneuriale ?

Je pense qu’il y a toujours eu beaucoup d’âmes de chef d’entreprise, toutes générations confondues. Mais il y a trente ans si un jeune voulait monter sa boite, il ne savait pas comment faire : il n’avait pas les codes, les réseaux, les informations. Vous savez, le monde des chefs d’entreprises était naguère un monde d’entre-soi. Au début du siècle, le patron avait souvent hérité de la boîte de ses parents. Heureusement cela s’est démocratisé ces dernières années et aujourd’hui tout le monde peut monter son business. Les nouvelles technologies ont beaucoup contribué à favoriser l’entrepreneuriat. Aujourd’hui, un jeune de 20 ans peut lancer sa boite sans moyens, tout seul, à la maison derrière son écran. Après il a besoin d’être soutenu, entouré, conseillé. C’est ce que nous cherchons à faire avec YAO!

7J : Que peut-on vous souhaiter pour 2022 ?

Que des chefs d’entreprise qui ont de belles valeurs, et un peu de temps à consacrer à la nouvelle génération d’entrepreneurs nous rejoignent. Yao! est très présent en Ille-et-Vilaine et dans le Finistère et j’aimerais maintenant que nous nous implantions plus fortement dans le reste de la Bretagne.

Mario Piromalli, fondateur de YAO!

Mario Piromalli, fondateur de YAO! ©Studio_Carlito

3 questions à Mario Piromalli

Une Personnalité inspirante

Mère Thérésa a inspiré le nom YAO! Elle ponctuait souvent ses phrases par yallah! Cela signifie En route! en arabe et sa traduction en breton est YAO!

Une qualité essentielle pour diriger ?

Une des clés du chef d’entreprise c’est de savoir reconnaitre le talent des autres et d’avoir l’humilité de s’entourer de gens meilleurs que soi.

Un voeu pour la jeunesse ?

De continuer ce qu’elle a entrepris. Je suis très confiant en ce qui concerne la jeunesse, l’avenir et même le présent. Heureusement que le monde d’aujourd’hui, qui est malade, n’a pas les jeunes que nous étions à l’époque.