Couverture du journal du 15/10/2021 Consulter le journal

[ Pénurie de matériaux ] La filière tire la sonnette d’alarme

L’ombre des pénuries de matériaux plane sur les chantiers et menace l’arrêt d’un tiers d’entre eux alors même que l’activité de construction et de rénovation de logement progresse de 11% depuis début 2021. Pour les professionnels du secteur « c’est du jamais vu ».

pénurie de matériaux

de gauche à droite , Bruno Catros vice-président des FFB22, Xavier Champs président FFB35, Marie-Laure Le Priol présidente FFB56, Nicolas Lebon secrétaire général FFB Bretagne, Stéphane Le Teuff président FFB Bretagne, Rachel Denis Lucas présidente Union Régionale des négociants de matériaux de Bretagne, Yves-Marie Maurer président de l’ordre des architectes et Pierre-Edern Brulé de l’ordre des architectes étaient réunis le 30 juin pour échanger en visio-conférence avec les acteurs de la filière.

Depuis quelques semaines, les fournisseurs de matériaux de construction ont du mal à répondre à la demande. La relance économique entraine une demande simultanée très forte de tous les pays sur le marché international, les produits disponibles étant captés par les plus offrants. Et à ce jeu-là, Chine et États-Unis remportent souvent la mise avec leurs pratiques commerciales offensives « Au niveau européen les exportations de bois vers la chine ont bondi de 73% depuis le début de l’année, car ils paient 3 fois le prix », constate Rachel Denis Lucas présidente de l’Union Régionale des négociants de matériaux de Bretagne. Une situation « grave et très inquiétante » pour les professionnels du secteur qui peinent à se fournir en matériaux, voient les prix de leurs matières premières s’envoler et ne parviennent plus à chiffrer leur devis tant les prix sont volatils.

 « Le bois subit une hausse de l’ordre de 130% »

30% des chantiers pourraient se retrouver à l’arrêt dès la rentrée

« Alors que les carnets de commandes de nos entreprises sont pleins avec +11% de progression depuis le début de l’année, le manque de matériaux menace la relance du bâtiment » constate, inquiet, Stéphane Le Teuff président de la FFB Bretagne. « Ce manque pourrait se traduire dès septembre par l’arrêt de 30% de nos chantiers. » Et avec la pénurie, les prix s’envolent de manière exponentielle atteignant jusqu’à 130% d’augmentation pour le bois. Beaucoup de matières premières sont concernées comme les produits plats en acier (+32%), les PVC (+30%) ou encore le cuivre (+30%). « Sachant que nos devis ont été négociés il y a de nombreux mois, nos entreprises perdent désormais de l’argent tous les jours, avant même de mettre les pieds sur le chantier », poursuit le président de la FFB Bretagne. « Certaines de nos entreprises pourraient déposer le bilan d’ici la fin de l’année » confirme Xavier champs, président de la FFB Ille-et-Vilaine.

 « Aujourd’hui, je ne sais plus faire de devis »

Le chiffrage est devenu impossible

« Avec la pénurie des matériaux et la flambée des prix que l’on connaît aujourd’hui, il est devenu extrêmement compliqué de réaliser un chiffrage pour nos devis » souligne Marie-Laure Le Priol présidente de la FFB Morbihan. Le coût des chantiers dont les tarifs ont été négociés de nombreux mois à l’avance augmente de facto avec l’explosion du coût des matériaux. Une situation qui interroge la profession, car si le gel des pénalités de retard et l’obligation d’indexation des prix sont actés pour les marchés publics, rien n’est encore prévu pour les marchés privés qui représentent 80% des contrats. « Aujourd’hui, il est préférable de refuser un chantier plutôt que de prendre le risque d’aller dans le mur au niveau du chiffrage. » regrette Bruno Catros vice-président de la FFB des Côtes-d’Armor. Un problème qui se répercute sur l’ensemble de la filière avec des donneurs d’ordres qui n’ont plus de visibilité ni sur les prix ni sur les délais de livraison.

Certaines de nos entreprises pourraient déposer le bilan d’ici la fin de l’année

Le bâtiment demande une prise en charge complète du chômage partiel

« Nous sommes la seule branche professionnelle à avoir embauché en France, près de 50 000 nouveaux emplois depuis 2020 et nous n’avons eu aucune aide » rappelle Stéphane Le Teuff « Et aujourd’hui nous risquons de devoir mettre nos salariés au chômage partiel, faute de matériaux», alerte le président de la FFB Bretagne qui demande la prise en charge intégrale par l’État de la mise en activité partielle des salariés du bâtiment. La mise en place d’un crédit d’impôt proportionnel au poste achats de matériaux et le gel des pénalités de retard sur tous les marchés, publics comme privés, font également partie des revendications.