Couverture du journal du 13/05/2022 Consulter le journal

Rennes 1922, la ville et ses artistes : De la Belle époque aux années folles

En 1922, Jean Janvier, maire radical de gauche de Rennes, inaugurait à l’Hôtel de Ville un panthéon dédié aux morts de la Grande Guerre. Aménagé par Emmanuel Le Ray, architecte municipal, ce panthéon est orné d’une frise peinte par Camille Godet représentant les soldats français et alliés.

Artistes Rennes

© DR

Ce décor clôturait un programme ambitieux commencé dix ans plus tôt lors du nouvel aménagement de la mairie confié à six artistes tous issus de l’École régionale des Beaux-Arts de Rennes.

Un siècle plus tard, Guillaume Kazerouni, conservateur au Musée des Beaux-Arts, revient sur les objectifs politiques de ce maire républicain, sur la vision qu’il avait de sa cité et de son siècle et sur la formation des artistes à Rennes. Partant du décor de la mairie, l’exposition présentée au Musée met en lumière tout un pan de l’histoire artistique de Rennes.

L’École des Beaux-arts de Rennes 1881-1931

L’enseignement artistique à Rennes commence en 1757 avec l’ouverture d’une école gratuite de dessin. En août 1881, le maire Edgar Le Bastard signe une convention avec l’État pour en faire l’École régionale des Beaux-Arts. Elle trouve son emplacement en 1911 dans l’ancien couvent de la Visitation de la rue Hoche acheté par Jean Janvier. Destinée à former des artistes et des artisans d’art, cette nouvelle école retient toute l’attention du maire. Sa direction commune à celle du Musée des Beaux-Arts est assurée par un artiste : ce seront le sculpteur Charles Lenoir, puis les peintres Félix Lafond, Jules Ronsin et Pierre Galle.

De 1881 à 1931, l’École de Rennes est réputée à Paris pour la qualité de son enseignement à la fois académique et pratique, l’art devant s’appliquer aux arts décoratifs et industriels. L’école s’ouvre aux jeunes filles en 1889. Les élèves qui participent aux expositions universelles et internationales de Paris en 1889, 1900, 1925 et 1937 sont primés.

L’exposition d’aujourd’hui présente les professeurs tels Emmanuel Le Ray, à l’origine d’un musée technique pour les cours d’art industriel et Jeanne Malivel, chargée du cours de gravure sur bois. Et aussi les élèves avec les exercices pratiqués à l’école : dessin d’anatomie ou d’après le modèle vivant, perspective, paysage, copie d’après l’antique… Tout cela au travers des fonds d’artistes conservés : Pierre Galle, Etienne Blandin, Edouard Mahé.

Les artistes et la ville : chantiers publics et privés, expositions

Edgar Le Bastard, Jean Janvier, François Château, maires de Rennes entre 1881 et 1944 ont eu à cœur d’embellir la ville et de la moderniser. L’Hôtel de Ville, l’Opéra, le Palais du Commerce, les Halles, la Maison du Peuple… ces grands chantiers ont permis aux artistes de l’École des Beaux-arts d’exprimer leurs talents. En témoignent le plafond de l’Opéra par Lemordant, les peintures de la Maison du Peuple, la statuaire et les grands décors visibles dans la ville.

À partir de 1890, l’Association artistique et littéraire de Bretagne organise tous les ans une exposition-vente dans la salle des fêtes de l’Hôtel de Ville puis au Musée. S’y ajoutent celles de l’Ouest Éclair et des premières galeries de l’entre-deux-guerres : Jobbé-Duval, Louis Carré, Briand, Omnia, Perdriel. Les œuvres produites de 1890 à 1940 offrent une belle palette de sensibilités : le portrait de Max Meldrum peint en 1905 par Charles Nitsch (1882-1972), dans le goût impressionniste, Les religieuses d’Emmanuel Fougerat (1869-1958), le charmant portrait de femme signé Marie Bourdon-Loysance, l’atelier de Pierre Galle croqué par André Mériel-Bussy…

Du 5 février au 7 mai 2022, Musée des Beaux-arts, 20 quai Émile Zola, 35000 RENNES, du mardi au vendredi de 10 h à 17 h , samedi et dimanche de 10 h à 18 h.