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Rentrée dense pour les experts-comptables : entretien avec Carole Pautrel-Glez, présidente du CROEC Bretagne, le Conseil Régional de l’Ordre des experts-comptables

L’Assemblée générale annuelle des experts-comptables de Bretagne se tient ce 14 octobre au Palais du Grand Large à Saint-Malo, réunissant un large panel de cette profession en plein essor, pour laquelle les sujets sont légion ! De par leurs missions, au plus près des entreprises, des associations, des acteurs publics, ils sont en première ligne pour prendre le poul de la société. Et ce qu’il en ressort est une tension latente et une forte pression, qui s’accentuent en cette rentrée.
Entretien avec Carole Pautrel-Glez, présidente du CROEC Bretagne, le Conseil Régional de l’Ordre des experts-comptables.

Carole Pautrel-Glez, présidente du CROEC Bretagne, le Conseil Régional de l’Ordre des experts-comptables

Carole Pautrel-Glez, présidente du CROEC Bretagne, le Conseil Régional de l’Ordre des experts-comptables ©Studio carlito

7J : Vous revenez du Congrès national à Paris, lors duquel la ministre Olivia Grégoire (chargée des PME, du commerce et de l’artisanat) a salué le dynamisme et la combativité des experts-comptables. Le contraire aurait été étonnant ?

Carole Pautrel-Glez « Oui, mais cela reste à noter ! Cette reconnaissance de notre métier, plusieurs représentants politiques présents en ont fait part. Après deux années très dures, cela fait du bien à entendre, car notre profession est engagée, au service des entrepreneurs, des acteurs de terrain, en grande proximité, au cœur de la société. Notre rôle est prépondérant. Or nous sommes à un tournant, et pour continuer ce virage, cette reconnaissance doit nous encourager. »

7J : Le président national de l’Ordre a parlé d’« expert-comptable augmenté », cela fait penser à la technologie, à l’IA, on vous imagine presque avec un troisième bras au bout duquel une calculette… Vous pouvez décrypter ?

C.P-G « Nous ne sommes pas des machines, au contraire ! Avec les outils numériques et l’accélération de la technologie dans nos pratiques comptables, cela libère du temps pour le conseil. C’est plus particulièrement notre palette de missions qui a augmenté. L’expert-comptable tel que vous vous le représentez habituellement était cantonné à certaines missions (une vision déjà assez éloignée de la réalité).

Mais depuis la Loi Pacte, le champ des possibles s’est considérablement élargi, nous pouvons nous positionner sur d’autres missions auprès de nos clients : les accompagner dans leurs démarches RSE, vérifier les devis, faire des règlements, etc. Ce ne sont que quelques exemples du large panel de missions que nous pouvons faire. »

7J : De nouvelles missions à mettre au profit de vos clients, les entreprises bretonnes, PME, TPE, les associations, les collectivités… De par votre proximité avec ce tissu d’acteurs, vous avez une vision assez juste de leur santé, comment vont-ils ?

C.P-G « Nous avons en effet une vision assez fine, avec nos outils statistiques et nos relations quotidiennes. Je peux vous dire que nous vivons en Bretagne depuis quelques mois une situation assez exceptionnelle : une croissance très forte de l’activité par rapport à 2019… mais à quel prix ! Avec la situation de plein emploi et de manque de volontaires au travail, ce sont les chefs d’entreprise et les cadres dirigeants qui paient le manque de mains, de bras, de têtes pensantes. Or il ne faut pas que cela dure sinon c’est l’épuisement assuré. Il y a une tension, une forte pression en ce moment. »

7J : Dans quelle mesure pouvez-vous les aider ?

C.P-G « Nous pouvons alléger leur gestion administrative, effectuer les suivis de facturation et de règlements, pour décharger le dirigeant. Mettre en place des diagnostics et des audits pour mieux penser leur organisation, et attirer des salariés. Je pense notamment aux dirigeants dans les secteurs du bâtiment et de la restauration qui font 70h/semaine, et dont la charge devient trop importante. »

7J : Mais vous avez les compétences dans vos cabinets ? Vous ne souffrez pas de la « grande démission », du « quiet quit » , du manque de personnes dans votre secteur ?

C.P-G « Si bien sûr, soyons honnêtes, c’est compliqué pour tout le monde ! La profession est en pleine mutation sur son cœur de métier, l’Ancien Monde n’en finit pas d’en finir, et un nouveau arrive avec de nouveaux outils, de nouvelles façons de manager et de penser son temps de travail… cela nous impacte également. Nous avons à faire notre mutation au sein de nos cabinets aussi pour attirer comme dans tous secteurs, des talents, ou les garder ! Nous avons par exemple ouvert des écoles RMEC dans les 4 départements bretons, pour former des jeunes à ces nouvelles compétences qui manquent dans les cabinets, ou encore monté un Club Manager 3.0. »

7J : D’ou le thème développé lors de cette journée d’Assemblée générale, avec des conférences sur le management, le leadership, la force du mental ?

C.P-G « Exactement ! Lors des précédents congrès, nous avons beaucoup évoqué notre métier et son renouvellement. Mais aujourd’hui nous mettons l’accent sur nous : sommes-nous de bons managers ? De bons meneurs d’équipe ? Il nous faut travailler le leadership, ce ne sont pas des points sur lesquels nous avons été formés, ce n’est pas inné. Pour accompagner les équipes, les collaborateurs anciens avec les nouveaux, il faut travailler notre cerveau pour accompagner les changements… tout un programme ! »

7J : Vous arrivez à la fin de votre mandat, quel bilan…

C.P-G « … Olala mais je n’y suis pas encore ! C’est mi-décembre, et jusqu’à cette date je serai à fond dans l’action. Le bilan on le fera après ! »