Couverture du journal du 02/12/2022 Consulter le journal

Viabeez : l’entreprise, nouveau territoire de santé

Faire tester sa vue, contrôler son audition, bénéficier d’une séance d’ostéopathie ou de conseils en nutrition, le tout sur son lieu de travail. C’est désormais possible grâce à la plateforme développée par la startup malouine Viabeez.
L’objectif des 3 hommes à l’origine de la solution : lutter contre les déserts médicaux et le renoncement aux soins. Rencontre avec l’un des trois co-fondateurs, Jean Thomas.

Jean Thomas, co-fondateur de la plateforme Viabeez

Jean Thomas, co-fondateur de la plateforme Viabeez ©Studio Carlito

Vous avez lancé Viabeez en 2021, quel est son concept ?

Nous proposons aux salariés de bénéficier de soins directement sur leur lieu de travail. Concrètement, une plateforme est mise à disposition de l’entreprise cliente. Le service permet aux équipes des ressources humaines de sonder leurs salariés sur leurs besoins de santé : problèmes d’audition, de vue, douleurs articulaires, stress… les réponses sont remontées anonymement. En fonction des retours, l’entreprise sélectionne un praticien et organise une journée de santé qui se déroulera dans les locaux. Enfin, le salarié n’a plus qu’à réserver son créneau horaire via l’application.

C’est un peu comme un Doctolib qui permettrait de prendre des RDV médicaux au sein de son entreprise ?

Sur la partie gestion de rendez-vous, oui effectivement c’est un peu comme Doctolib. D’ailleurs c’est intéressant parce que beaucoup de patients sont habitués à prendre des rendez-vous via ce système : recevoir des emails de confirmation, des rappels SMS, la possibilité d’annuler son RDV… Nous avons repris tous ces aspects et les avons retranscrits sur la plateforme. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que la séance se gère uniquement entre le praticien et le salarié. Lors de la consultation en entreprise, le salarié va passer sa carte vitale et payer la prestation, si nécessaire. C’est bien la santé qui vient à vous, l’entreprise n’est pas mise à contribution sur le paiement des consultations.

« la consultation se gère uniquement entre le praticien et le salarié »

 À quelles spécialités a-t-on accès via votre système ?

Aujourd’hui, nous ne sommes pas sur toutes les verticales de santé. Nous sommes axés sur quatre problématiques à savoir :  bien voir, bien entendre, bien dans son corps, bien dans sa tête. Cela représente une dizaine de spécialités de santé : optique, audition, ostéopathie, sophrologie, nutrition, soins infirmiers, etc. Ce sont principalement des professionnels qui fonctionnent sur le principe des délégations de tâches comme les orthoptistes où les opticiens qui peuvent contrôler la vue, délivrer des ordonnances, ou les infirmières qui ont vu leur champ d’action élargi.

« Vous devez en permanence arbitrer entre votre emploi du temps et celui du praticien de santé »

Quel est l’intérêt pour l’entreprise de s’investir ainsi sur le terrain de la santé ?

Actuellement en France, le coût du mal être au travail est estimé à 14 310 € par an et par salarié, soit une perte de valeur ajoutée de 250 milliards d’euros pour l’ensemble du secteur privé. Le bien-être est un enjeu de taille. Ouvrir la voie du dialogue social sur la question de la santé des employés devient une priorité pour prévenir le stress, le burn-out, l’isolement et plus largement les soucis de santé physique… D’une part pour signifier que l’on entend les préoccupations des collaborateurs, en proposant une politique de santé au travail innovante et adaptée via le déploiement d’un dispositif efficace, et d’autre part pour agir concrètement sur les problématiques d’entreprise tels que les arrêts maladie ou l’absentéisme. C’est en plaçant les démarches de santé au cœur de leur stratégie que les entreprises amélioreront leurs performances sociales.

« le coût du mal être au travail est estimé à 14 310 € par an et par salarié »

Les médecins se déplacent de moins en moins à domicile, la télémédecine prend de l’ampleur, en quoi Viabeez intéresse les praticiens ?

Il y a de nombreux avantages à travailler avec notre plateforme. Elle permet une grande flexibilité et cette agilité est plébiscitée par un nombre croissant de praticiens. C’est une tendance de fond chez les professionnels de santé de ne pas vouloir s’installer définitivement, pour garder de la souplesse. Aujourd’hui, nous enregistrons plusieurs milliers de praticiens sur la plateforme, a minima 5000. Nous sommes actuellement en phase d’acquisition sur toute la France. L’objectif, c’est d’aller assez vite pour proposer notre service partout. Nous pensons dépasser rapidement les 30 000 praticiens.

La plateforme Viabeez

La plateforme Viabeez ©Shutterstock

Vous souhaitez contribuer à faire reculer le renoncement aux soins, réfléchissez-vous à ouvrir votre plateforme à d’autres formes d’organisation ?

Notre système peut également intéresser les collectivités qui souhaiteraient organiser des journées de santé pour leurs administrés. Nous allons très prochainement réaliser une expérimentation avec une collectivité. L’objectif est de désenclaver les personnes âgées qui n’ont pas accès aux soins afin qu’elles puissent se faire soigner directement dans une salle dédiée à la mairie. Il y aura même des services de mobilité qui viendront chercher les patients à leur domicile.

«  C’est en plaçant les démarches de santé au cœur de leur stratégie que les entreprises amélioreront leurs performances sociales »

Comment vous est venue l’idée de Viabeez ?

Je suis professionnel de santé en Optique. Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion de tester pendant près d’une année la pratique d’examens de vue en entreprise. J’ai pu constater que ces services étaient plébiscités par les salariés. On s’est alors dit, pourquoi ne pas généraliser cela et ouvrir à d’autres verticales de santé ? L’idée d’une plateforme généraliste est née. On parle régulièrement des problématiques d’accès aux soins, de désert médical…, de délais extrêmement longs pour obtenir des RDV, et il n’existait pas de mesures concrètes pour régler ce problème-là. En testant les consultations en entreprise sur la partie optique on s’est rendu compte que c’était probant et surement une partie de la solution. Notre conviction c’est que, plutôt que d’aller à la santé, c’est la santé qui doit venir au patient.

Quel est votre modèle économique ?

C’est un modèle sous forme de licence. L’entreprise souscrit un abonnement annuel avec un coût modulé en fonction du nombre de salariés. Cela donne accès à tous les services en illimité. Il y a également un modèle transactionnel avec les praticiens. Nous prenons une commission comprise entre 6 et 8% du prix de la consultation. Il est également important de souligner que des petites entreprises peuvent se regrouper pour faire bénéficier du service à leurs salariés.

Comment a été reçu votre projet côté financeurs ?

La santé est la deuxième préoccupation des Français après le pouvoir d’achat. Alors, forcément, notre solution a reçu un écho favorable immédiat. Nous avons constaté un grand intérêt sur notre manière d’adresser la santé en étant en mobilité, à la rencontre des patients. Nous sommes soutenus par l’écosystème de la French Tech Saint-Malo, BPI, des banques, mais également des investisseurs comme des business Angels. Nous avions un capital de départ de 30 000 euros et avons réussi à réunir 700 000 euros.

Quels sont vos objectifs de développement ?

Aujourd’hui nous sommes 11 personnes chez Viabeez dont 6 développeurs. La plateforme est entièrement gérée en interne. 2023 s’annonce une année importante, car après avoir semé les premières graines en 2022, la montée en puissance devrait se faire l’année prochaine avec une dizaine de recrutements. Nous visons une centaine de clients et un chiffre d’affaires d’un million d’euros. Nous réfléchissons aussi à nous ouvrir à d’autres verticales de santé comme la dermatologie ou la prévention de la DMLA par exemple.

Portez-vous des ambitions à l’international ?

Nous sommes présents physiquement en Bretagne et à Paris au sein des locaux de la station F. Cela nous permet d’avoir un rayonnement national. L’objectif in fine, c’est d’avoir des représentants de la solution dans chaque région. Nous avons déjà reçu des demandes de la Suisse et du Canada. Ces pays ont également des problématiques d’accès aux soins. Mais ce sont des sujets qu’on regardera plutôt à partir de fin 2023, début 2024. Aujourd’hui nous ambitionnons de creuser notre sillon sur la partie française.

 

Les fondateurs de Viabeez : Bertrand Macabeo, Jean Thomas et Edouard Mourot

Les fondateurs de Viabeez : Bertrand Macabeo, Jean Thomas et Edouard Mourot ©Studio Carlito

Les cofondateurs

Jean THOMAS, est professionnel de santé en Optique et diplômé HEC Paris – Ancien associé au sein de la coopérative ATOL il a également co fondé une startup dans la Santé visuelle.

Edouard MOUROT est Avocat fiscaliste, il a exercé au sein du cabinet Jourde -Veil. puis a occupé la fonction de directeur financier au sein d’une startup dans les objets connectés.

Bertrand MACABEO (INSEAD) a occupé des fonctions de direction commerciale au sein de Général Electric, il était précédemment directeur général de Kompass; il est également administrateur indépendant au sein d’APIA.ello