Couverture du journal du 17/09/2021 Consulter le journal

Cailabs : La lumière comme matière première

Cailabs, 8 ans d’âge et 58 salariés, a été - à nouveau - mis en lumière dans la presse ces dernières semaines, à l’annonce du déménagement en 2022 dans des locaux neufs : 3 500 m² sur le site emblématique et en reconversion de La Barre Thomas à Rennes. Un déménagement qui montre l’essor de cette startup devenue PME, et vise les 80 à 100 salariés d’ici 3 ans. Rencontre avec le PDG Jean-François Morizur.

Jean-François Morizur Cailabs

Jean-François Morizur de Cailabs © Studio Carlito

L’interview se passe dans un des quatre sites rennais de l’entreprise, un ancien bâtiment de feu l’ANPE, désaffecté et réaménagé. Dans un an, toute l’équipe prendra place dans un nouvel espace neuf, route de Lorient, adapté pour accueillir les salles de développement, salles de qualification, salles d’assemblage de Cailabs. « Nous ne sommes pas dans une logique d’achat immobilier, nous avons pris un bail long sur ce lieu de la Barre-Thomas », indique Jean-François Morizur, le PDG. « Nous relevons des défis technologiques importants, qui nécessitent des investissements lourds, et faisons le choix de mettre notre argent dans le développement de produits. »

Les affaires

L’entreprise est née en 2013, elle a depuis fait plusieurs levées de fonds, pour un total de 16,6 millions d’euros. Japon, Chine, États-Unis… 70 % du business se fait à l’international, et Cailabs pourrait atteindre 80-100 salariés d’ici 3 ans. Comment s’est passé 2020 ? « Cela a été compliqué pour certains produits, mais on est moins touché que d’autres industries, et l’on reste sur une dynamique porteuse : on peut dire que l’on a eu deux fois le chiffre d’affaires de 2019 en commande… »

La science

Jean-François Morizur est le cofondateur de Cailabs, un homme d’affaires certes, mais en premier lieu un scientifique passionné. La rencontre tourne très vite en cours de physique, d’optique, et de diffusion de la lumière… car il s’agit bien de cela quand on parle de débit d’information via la fibre, ou le laser. Pour autant je vous épargnerai dans cette retranscription de nos échanges, les graphiques de « découpe laser avec un faisceau optique en donut », ou encore « pourquoi le sabre laser dans La Guerre des Étoiles, ça ne peut tout simplement pas fonctionner ». Mais bien sûr, tout cela est passionnant. Et utile !

Cailabs c’est 4 gammes de produits, « sans rentrer dans le détail des chiffres, ils représentent chacun un quart du chiffre d’affaires ». Et tous utilisent la lumière comme matière première.

 

Cailabs

© Cailabs

Les clients : campus universitaires, villes, centres de tri…

Après le lancement de la gamme de produits « Proteus », s’adressant aux laboratoires de recherche travaillant sur les réseaux optiques du futur, Cailabs développe dès 2013, la solution « Aroona », du nom d’une ville de l’est de l’Australie. Elle permet d’augmenter la bande passante dans les réseaux. Cailabs n’intervient pas sur les réseaux des grands opérateurs de téléphonie ou d’internet, ses produits sont destinés aux réseaux locaux. « le réseau informatique d’un campus universitaire, d’un centre hospitalier, d’un centre de tri logistique, ou d’une ville par exemple », détaille Jean-François Morizur. « Le principe est d’augmenter facilement le débit d’un réseau, sans avoir à poser de nouveaux câbles à fibres optiques. » Cailabs a développé une façon de mettre en forme le laser qui transporte les données au cœur de la fibre optique. « On est les meilleurs au monde pour donner la forme que l’on veut à la lumière. »

Le boitier Aroona, basé sur cette technologie, évite les coûts élevés de remplacement de fibre (et les déchets induits), et les longs travaux de terrassement et d’installation.

Déclinaison du talent

De ce savoir-faire autour de la lumière émergent d’autres produits les années suivantes. « Nous avons été sollicités pour contribuer à l’amélioration de l’usinage laser : soudure, la découpe dans l’industrie du smartphone notamment, l’ impression 3D, pour les secteurs de l’automobile, l’aéronautique ou encore la microélectronique… » Cette gamme nommée Canunda (du nom d’une autre ville d’Australie), permet d’améliorer le rendement et la qualité des procédés laser grâce à une mise en forme de faisceau unique. Une autre gamme lancée en 2019 nommée Tilba, est dédiée aux communications optiques, toujours par l’usage de faisceau de lumière. « Dans ce cas, le faisceau de lumière ne passe pas via une fibre mais en espace libre. Cela permet d’améliorer la fiabilité des liaisons entre le sol et un satellite, entre bateaux, des liaisons aéronautiques (avions, drones) ou terrestres ».

Jean-François Morizur de Cailabs

Jean-François Morizur de Cailabs © Studio Carlito

Le parcours

« D’où je viens ? De Normandie, puis je suis passé par Lyon, puis Paris, et quelques mois ou années à l’étranger, en Australie, au Japon… J’ai suivi des études très scientifiques, passant par l’École Normale supérieure à Paris. Lors de mon doctorat en optique, avec mes directeurs de thèse on a inventé… « un truc » ! » Nait la Conversion Multi-Plan de la Lumière (MPLC), une technologie sur laquelle est basée Cailabs…

Mais avant cela Jean-François Morizur entre chez BCG – Boston Consulting Group – « pour un poste purement business, j’y reste près d’une année, lorsqu’un jour Nicolas Treps mon directeur de thèse m’appelle, car Alcatel est intéressé par notre technologie. Mais faire un simple transfert de technologie ne m’intéressait pas, j’entre alors dans une logique de défi et de création d’entreprise. Guillaume Labroille entre dans l’aventure et l’on monte ensemble Cailabs. On est en 2013… à Boulogne en région Parisienne. »

Liaisons entre bateaux, liaisons avion-drone, liaisons sol-satellite… Ce savoir-faire sur la mise en forme de la lumière peut s’appliquer aussi en « espace libre », en complément des liaisons radios.

De Paris à Rennes

« On débarque à Rennes quelques mois après le lancement en 2013. Nous n’y avions pas d’attache à l’époque, c’est une implantation par analyse de territoire… D’abord ça ne pouvait être Paris, car il nous fallait de l’espace pour les salles techniques, donc cela signifie s’éloigner du centre pour des questions de budget, et s’éloigner du centre de Paris c’est perdre en attractivité pour embaucher des talents… Donc, on regarde les métropoles : Lille, Lyon, Nantes, Rennes… En 2013 nous regardions ces quatre villes , pour une question de temps de liaison en train avec Paris. Nous avons rencontré les personnes des agences qui accueillent les projets d’entreprises. On a été conquis par la Bretagne qui en plus a un passé dans le télécom très fort, comme dans le hardware. »

L’écosystème breton ?

« C’est l’opposé de la passivité ! Il y a ici un dynamisme et une envie qui font plaisir. Il y a un sens de l’entrepreneuriat vraiment fort, et ce n’est pas un « gros mot » de monter une entreprise, c’est très agréable. En Bretagne il y a ce goût du « faire », j’apprécie beaucoup cela. Je suis impliqué dans le cockpit du Poool, dans Photonics Bretagne, dans un club APM, mais aussi dans des réseaux européens, car les personnes proches de mon domaine l’optique, se situent à un autre niveau que le régional ! »

D’où vient ce nom Cailabs ?

(Rire) C’est le nom du dossier sur l’ordinateur, celui où l’on stockait ce qui avait trait au projet d’entreprise et à la technologie… Cailabs pour « Complete adaptive image » et labs. C’est resté, et cela fonctionne bien, en France comme à l’international.

 

Les questions bonus

Lecteur passionné de science-fiction

« Je lis énormément . Depuis mon passage en Australie pendant mes études, j’ai une liseuse Kindle pour éviter de transporter des tonnes de livres… Je citerais comme auteur Peter Hamilton, Richard Morgan, Iain Banks… je lis en anglais oui, avec une approche assez systématique : quand je découvre un auteur je vais décliner la liste de ses ouvrages. En fait, plus que l’histoire, ce que j’aime c’est la création d’un monde, la construction d’un univers cohérent… c’est passionnant ! »

Sport nautique et voile

« Je viens de me mettre au WingFoil, quel plaisir ! J’ai fait de la planche à voile, du catamaran, et là je découvre le Wing foil, sur les plages de la côte d’Émeraude, Saint-Malo Saint-Lunaire, mais aussi à Quiberon… enfin quand j’ai le temps ! C’est une manière de couper de Cailabs. J’aime cette sensation de glisse et de vitesse. »