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[ Dossier Eaux ] Eaux douces : Les activités humaines à l’origine de la dégradation des masses d’eau

Les bons résultats de l’Ouest de la région sont conditionnés à la moindre modification du milieu naturel. « Alors qu’en Ille-et-Vilaine, les deux tiers du département sont occupés par la Vilaine, les secteurs de la Rance, du Couesnon ou encore de Dol ont connu une intensification de l’activité humaine, sans espaces véritablement préservés », explique Jérôme Martin, Chef de service à la délégation Armorique de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne.

qualité eaux, Ille-et-Vilaine

© Agence de l'eau

L’essor d’une agriculture intensive s’est accompagné d’une transformation très importante du milieu naturel. En outre, il faut souligner la disparition d’une grande partie du bocage (prés clos par des levées de terre ou talus portant des haies et taillis). Se faisant, la possibilité d’épuration par les milieux naturels des différentes pollutions a été totalement gommée.

« Les cours d’eau ont été recreusés en profondeur pour pouvoir accélérer l’évacuation de l’eau ».

Modification du milieu naturel

Sur la dernière enquête menée par la DRAAF (Direction régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt), l’Ille-et-Vilaine a perdu deux fois plus de bocages que les autres départements provoquant le transfert de surfaces rapides, la perte de l’ombre et l’augmentation des charges polluantes issues des activités agricoles. « Quand les bocages sont sur cours d’eau, ils participent à une modification profonde du fonctionnement biologique normal des cours d’eau ». Les cours d’eau ont également été dégradés par l’anthropisation (modification d’un milieu dit « naturel » par les activités humaines) avec un nombre considérable de plans d’eau creusés au fil des décennies.

97% des masses d’eau ne sont pas en bon état écologique

L’urbanisation croissante de l’Ille-et-Vilaine s’est accompagnée d’une artificialisation transformant les sols par des opérations d’aménagement pouvant entraîner une imperméabilisation partielle ou totale. L’Agence de l’eau travaille donc avec les collectivités afin d’adapter l’impact de l’urbanisation sur les milieux aquatiques.

Pluviométrie

Un deuxième facteur s’ajoute à cela : une pluviométrie en retrait par rapport aux autres départements bretons. Pour rappel, il pleut à Rennes (694 mm/an) à peine plus qu’à Ajaccio (615 mm/ an) et presque deux fois moins qu’à Brest (1 210 mm/an). « Nous allons avoir des pluies bien plus importantes en hiver et plus erratiques au printemps et en été, au moment où il en faudrait pour que les milieux naturels puissent fonctionner normalement ».

29% de masses d’eau en bon état écologique d’ici 2027 ?

Aujourd’hui, seuls 3% des masses d’eau de surface sont en bon état écologique, contre 34% à l’échelle nationale. Une nouvelle instance a été installée le 25 janvier dernier avec en ligne de mire l’objectif de 29% de masses d’eau en bon état écologique en 2027 en Ille-et-Vilaine. « Il y a quelques semaines, nous avons signé un contrat avec l’établissement public territorial du bassin de la Vilaine, Eaux & Vilaine, révèle Jérôme Martin. Nous allons remettre les cours d’eau dans leur lit d’origine ».

Les plans d’eau participent à une modification profonde du fonctionnement biologique normal des cours d’eau

Jérôme Martin

Jérôme Martin © Agence de l’eau

 

Ce contrat, qui regroupe tout le Sud-Est du département (ancien bassin versant du Semnon, de la Seiche, de la Vilaine amont, de Rennes Métropole), est financé pour plus de 10 millions d’euros par l’Agence, pour un coût total de 19 millions d’euros. « L’année prochaine, un contrat similaire sera signé pour toute la partie Ouest de la Vilaine. »

Début 2023, l’Agence travaillera sur le secteur du Couesnon pour viser une accélération des travaux à l’échelle de tout le bassin versant du Couesnon. « Nous nous sommes engagés également sur le secteur de Dol. »

Tout cela s’accompagne d’un programme de plantation de haies qui va permettre de limiter les transferts de surfaces qui viendraient mettre à mal tous ces travaux. Enfin, ils permettront de remettre en fonctionnement les zones humides prioritaires. « Remettre en fonctionnement ces milieux naturels permettrait également d’essayer de lutter contre le réchauffement climatique. »

L’eau potable est de bonne qualité grâce aux infrastructures

En outre, l’état des lieux des masses d’eau souterraines en Ille-et-Vilaine reste en mauvais état. Sur les 8 masses d’eau situées pour tout ou partie dans le 35, 6 sont en mauvais état chimique pour des problèmes de nitrates et/ou pesticides.

Cette surveillance coûte 200 000 euros par an en maîtrise d’ouvrage (l’Agence de l’eau Loire-Bretagne). À cela viennent s’ajouter les suivis opérés par le Comité départemental, l’agglomération de Rennes et les différents acteurs locaux.

Enfin, alors que 97% des masses d’eau ne sont pas en bon état écologique, la qualité de l’eau du robinet est régie par des critères de qualité. En effet, les ressources en eau du département sont à 70% d’origine superficielle. « Si la pollution de l’eau est trop forte, il est parfois impossible de respecter les normes de potabilisation en dépit des traitements. Cette ressource mérite la plus grande attention », affirme la direction départementale des territoires et de la mer d’Ille-et-Vilaine. Le département est donc dans l’obligation d’avoir de grosses unités permettant de transformer l’eau dégradée en une eau potable.