Couverture du journal du 23/07/2021 Consulter le journal

[ Entretien ] Chez Lahaye, on roule en famille depuis 3 générations

Le transporteur et logisticien breton Lahaye Global Logistics (1500 salariés, 200 M€ de CA en 2020) n’en finit plus de se développer, rachète ses partenaires, fait traverser ses camions vers le Royaume-Uni, tout en opérant une transmission familiale vers la 3e génération de fils Lahaye. Brexit, fret ferroviaire, taxe gasoil, tour d’horizon des vastes et passionnants sujets liés au transport et à l’environnement, avec Patrick, Matthieu et Jean-Baptiste Lahaye.

groupe Lahaye

Groupe Lahaye ©Studio Carlito

Ils reçoivent dans un bâti flambant neuf aux portes de Rennes, à Vern-sur-Seiche au siège du groupe Lahaye. Patrick, 65 ans, est officiellement en retraite depuis l’automne 2020 tout en restant président du groupe « la succession a été entamée en 2012, j’ai transmis 52 % des parts à mes fils. En 2021 ils vont encore reprendre une partie du capital ». Deux de ses 4 fils sont engagés pleinement dans ce business du transport international : Matthieu 36 ans est le directeur général, Jean-Baptiste 30 ans DG adjoint, directeur des achats et investissements. « Moi j’avais 32 ans quand j’ai repris l’entreprise de mon père Joseph en 1988, avec mes deux frères. C’est à mon tour de passer le relai, et je leur laisse, je crois, une belle entreprise. » 200 M€ de CA en 2020, 1 500 salariés, 800 chauffeurs routiers, 23 sites… En effet l’affaire familiale fait partie des belles ETI bretonnes. « C’est autant de plaisir que de problèmes ! » indique en riant Jean-Baptiste. Une transmission presque intrinsèque, à les entendre « on a baigné s tout petit dans lentreprise. Le lundi matin à l’école on sentait le gasoil ! »

Marché international L’histoire d’une croissance exponentielle

« Nos clients, industriels de lagroalimentaire breton, ont des perspectives sur le marché à l’international, on se devait de les accompagner dans leurs besoins de transporteurs », souligne Matthieu Lahaye. « Dans les années 90, l’entreprise a fait jusqu’à 40 % de son CA à l’international. Avec louverture de l’Europe 10 ans plus tard, on n’en faisait plus du tout. La concurrence avec la Pologne, la Lituanie, était impossible », rappelle Patrick. « On a repris des parts de marché depuis deux ans (cela représente 10 % du CA), suite à la reprise de STT en décembre 2019 à la barre du tribunal. On se positionne ! » Et le premier marché sera le Royaume-Uni.

  • Trafic transmanche

Le sujet est aussi simple que complexe.

« Cela signifie que l’on met nos camions sur des bateaux ou des trains, c’est une complexité de plus. En même temps… on est plus proche de Londres que de Bordeaux ! » rappelle pragmatiquement Patrick Lahaye. Après STT en 2019, le Groupe Lahaye Global Logistics officialise en 2021 le rachat des Transports Laurent Pelliet (Pleudihen sur Rance), spécialistes du transport frigorifique vers le Royaume-Uni. « On renforce la stratégie de développement, on est leader breton en température dirigée sur le marché UK » souligne Matthieu Lahaye. Industrie Agro, boulangerie, fruits et légumes « en mai 2021, nous avons comptabilisé 1000 passages de camions vers le Royaume-Uni. »

  • Le Brexit

« Il y a des craintes avec le Brexit, dautant que s’y est ajouté l’épisode Covid. Le marché s’est grandement fermé, et cela va se complexifier. Rien que sur les formalités douanières, c’est + 10 % daugmentation sur le coût de transport. Vont s’ajouter prochainement les frais d’importation, les taxes vétérinaires… » C’est un véritable lot administratif, une complexité qui pourrait bénéficier à Lahaye Global Logistics, le groupe garantissant à ses clients une qualité de service premium, à la différence des concurrents de l’est de l’Europe.

  • Brittany Ferries

« Autre fait actuellement : il y a moins de bateaux à faire les traversées, et de moindre capacité. Ce qui arrive à la Brittany est un véritable drame. Cet exploitant a mis tant d’années à se construire et, en quelques mois, sa situation est devenue économiquement compliquée. Nous sommes un grand client dans le transport transmanche de la Brittany Ferries et nous souhaitons le retour à la rentabilité de ce fleuron breton. »

Groupe Lahaye

Matthieu Lahaye, Patrick Lahaye et Jean-Baptiste Lahaye du Groupe Lahaye © Studio Carlito

Environnement, « Le scandale, ce n’est pas l’usage du gasoil, mais les camions à moitié vides »

« On consomme 100000 litres de gasoil chaque jour, alors ces questions de bon usage et denvironnement, sont des sujets qui nous tiennent à cœur ! Attention toutefois à ne pas faire des choix inconséquents en fonction des tendances ou des modes, il faut penser à long terme », insiste Jean-Baptiste. Mettant en avant les avancées technologiques favorables au diesel. « Aujourd’hui les particules fines sont brûlées dans les pots déchappement. Le Diesel gate a fait beaucoup de dégâts sur l’image de cette technologie, pourtant le diesel reste compétitif sur le plan environnemental. »

Et les technologies émergentes ? « Pour la livraison des derniers kilomètres, en ville, les camions électriques ne sont pas encore adaptés à cette activité ; Autre énergie le gaz (GNC / GNL) nous aurons une trentaine de véhicules en 2021; quant à l’hydrogène, c’est une vision à 2035/2040. »

 

  • Coefficient de remplissage

« Le vrai sujet aujourd’hui c’est le coefficient de remplissage des camions. Un sujet qui touche aussi la logistique : les magasins n’ont plus de zones de stockage ou d entrepôts et le transport routier ne coûte pas si cher…». Ainsi, de grands chargeurs, soit certaines enseignes, ou supermarchés, préfèrent se faire livrer de faibles quantités chaque jour depuis l’autre bout du pays, plutôt que d’optimiser une à deux livraisons par semaine et de les stocker, même pour des produits surgelés ou de longue conservation. « C’est une situation ubuesque pour l’environnement. »

  • Le FRET

Autre alternative, le transport ferroviaire ou multimodal, mettre les camions sur les rails, via la filiale Trans-Fer. « Notre Groupe a repris en 2016 l’activité de Combiwest sur le terminal ferroviaire de Rennes. Nous avons des lignes vers Paris, Lyon et on ouvre Nancy-Metz courant 2021. Une majorité des flux de marchandises sont en direction de ces grands pôles. » L’objectif est de faire circuler chaque jour une soixantaine de camions et décongestionner la route. « Avec nos grands clients, Industriels de lagro, de la grande distribution et du bricolage, nous avons fait passer 13 565 camions en 2021, soit 7 286 251 kms évités par la route, c’est une économie de 721 tonnes de CO2 sur nos trains. Exemple : avec Bonna Sabla nous acheminons les voussoirs pour les travaux de RER du Grand-Paris, c’est 45 camions par train et jusqu’à 3 trains par semaine, une solution hyper vertueuse. Quant à lécotaxe : si elle avait été appliquée, cela aurait été une solution au développement de transports alternatifs. Sans mesures incitatives le modèle ne changera pas, la logique économique prend le pas. »

En 2021, avec nos grands clients, Industriels de l’agro, de la grande distribution et du bricolage, nous avons fait passer 13 565 camions sur nos trains.

Les questions subsidiaires

Où serez-vous cet été ? Patrick sûrement sur un bateau en Méditerranée, Matthieu quelques jours en Espagne et Jean-Baptiste dans le bassin d’Arcachon.

Un livre, un film, un artiste ? Patrick « je suis plongé dans Peaky Blinders ! » ; Matthieu « je viens de lire la biographie d’Elon Musk, le roi des entrepreneurs sans limites… » ; Jean-Baptiste « en musique Ben Mazué est un de mes derniers coups de cœur ». Peut-être prochainement au festival Mythos, dont le groupe est mécène ?

Une passion ? Matthieu et Jean-Baptiste sont férus de sport automobile, ils ont d’ailleurs été pilotes. Matthieu pendant six années de 2006 à 2012, championnat du monde d’endurance et 24h du Mans au palmarès.

Et Jean-Luc Lahaye dans tout ça ? On doit le rencontrer ! Le chanteur se demande depuis des années pourquoi il y a son nom sur tous ces camions, et nous passons souvent une de ses chansons en fin de fête de famille… « Femme » (Rire)