Couverture du journal du 23/07/2021 Consulter le journal

Événementiel : la reprise, « Nous sommes prêts »

Ils sont là, bien présents, prêts à repartir dès le coup de sifflet. Les professionnels de l’événementiel ont su s’adapter depuis un an, mettant en place des protocoles, jouant de leur ingéniosité et esprit d’adaptation pour innover, trouver de nouvelles solutions, imaginer un avenir où l’événementiel sera de nouveau en présentiel et certainement davantage éco-responsable.

© Studio Carlito

Il y a un an, l’économie se mettait à l’arrêt. Et la distanciation imposée par le virus plongeait le monde de l’événementiel dans le désarroi. Alors, après une période de sidération, ces professionnels rompus à l’adaptabilité se sont remontés les manches pour traverser la période en restant debout. Si aujourd’hui l’industrie est en mode survie, avec des dettes qui s’accumulent et des pertes qui s’accentuent, des points positifs émergent. Le secteur se réinvente avec une volonté d’accroître son éco-responsabilité et une orientation vers des évènements plus inclusifs grâce au digital. L’envie de travailler en meilleure synergie avec l’écosystème est également très présente chez tous les acteurs.

Destination Rennes, Couvent des Jacobins

Salons, conventions, congrès, le Couvent des Jacobins via la SPL Destination Rennes accueille chaque année près de deux cents évènements. En 2020, seuls 35 ont pu se tenir sur les 175 programmés. Et depuis le début de l’année, c’est le désert puisque le lieu est fermé administrativement. Mais Karine Tréguer est rassurée par l’attitude des organisateurs qui jusqu’ici « font le choix de reporter la tenue de leurs événements plutôt que de les annuler ou de les transformer en format digital. » Pour la directrice du Couvent des Jacobins « L’événementiel en présentiel va perdurer. Les réservations jusqu’en 2024 le prouvent. » L’enjeu selon la professionnelle est d’anticiper la sortie de crise et de dynamiser toujours plus l’attractivité du territoire « le contexte concurrentiel entre les destinations va s’accroître. À nous d’apporter de la valeur ajoutée à l’échelle de la filière métropolitaine avec des services additionnels sur l’accueil comme la mise en place d’un pass transport ou encore une optimisation de la gestion hôtelière. » Au couvent des Jacobins, les équipes sont prêtes et ont pu tester leurs protocoles sanitaires en septembre et octobre derniers alors que les événements étaient de nouveau autorisés. « Le Brunch des créateurs, qui a accueilli 6000 personnes sur deux jours, s’est déroulé sans problème ».

L’événementiel en présentiel va perdurer. Les réservations jusqu’en 2024 le prouvent.

De gauche à droite, Ulrich Brunet (Spectaculaires) Karine Tréguer (Destination Rennes), Anne-Marie Quéméner (Space) © Studio Carlito

SPACE, salon international de l’élevage du grand Ouest

« Pour l’édition du SPACE 2020, nous avons dû nous adapter en proposant un salon 100 % digital avec le maintien de temps forts en présentiel que le contexte de septembre dernier nous a permis d’organiser. Cette année, nous espérons pouvoir accueillir exposants et visiteurs du 14 au 16 septembre en présentiel avec une journée complémentaire en version digitale », indique Anne-Marie Quéméner. La commissaire générale du SPACE s’inquiète toutefois du silence des politiques sur la filière et les modalités de la reprise « Dans les annonces faites par le gouvernement, l’événementiel qui ne relève pas du domaine de la culture n’est pas cité. Nous sommes oubliés alors que les retombées générées par nos évènements sont extrêmement importantes. Le SPACE, c’est 91 millions d’euros de retombées économiques pour le territoire. Au niveau national, les foires et salons génèrent 34,5 milliards d’euros par an de contrats signés au bénéfice des entreprises exposantes et 20 milliards d’euros pour les entreprises événementielles. »

Le SPACE, c’est 91 millions d’euros de retombées économiques pour le territoire

Mais la crise aura également eu des effets positifs avec l’accélération de la digitalisation du salon qui « optimisera la portée des évènements toute l’année auprès de la communauté avec le développement d’une plateforme et la diffusion de podcasts. » Une période de réflexion aussi sur les objectifs des visiteurs fréquentant ces salons professionnels « Nous souhaitons aujourd’hui que le regard ne soit plus seulement porté sur des objectifs chiffrés mais pouvoir proposer à nos exposants un public toujours plus qualifié.»

3D Actions, architecture de stand

Pour Jacques Guittier, gérant de la société 3D Actions spécialisée dans la création et la réalisation de stand, il a fallu réagir rapidement et mettre ses 6 salariés en activité partielle. « Au mois de juin 2020, il devenait évident que les choses allaient être plus compliquées que prévu. J’ai dû me rendre à l’évidence. La crise était grave et profonde, et les perspectives de reprise compromises sur du long terme. Grâce à la validation de mon plan de trésorerie et l’obtention d’un PGE, j’ai mis mon entreprise en sécurité jusqu’à fin 2021. Pour se projeter, il faut des réserves et cela permet aussi de rassurer les clients sur les marchés en cours. » Un moment certes difficile, mais également riche de nouvelles opportunités « nous développons un concept innovant de stands plus durables construits avec des matériaux recyclables. Nous avons déjà des précommandes et le concept reçoit un accueil très favorable de nos clients institutionnels notamment. » Un positionnement qui apparait aujourd’hui comme une évidence pour le patron de 3D Actions « je pense que nous devons revoir les concepts de nos événements : moins ostentatoires, plus authentiques et plus propres. »

Nous devons revoir les concepts de nos événements : moins ostentatoires, plus authentiques et plus propres

Agence Bosco, spécialiste de l’aménagement événementiel

Si au départ, Jean Bosco Nicolle, fondateur de l’agence Bosco, spécialiste de l’aménagement évènementiel, s’est laissé le temps de voir comment les évènements allaient évoluer, il s’est ensuite investi dans de nouveaux projets. Un concept de piscines construites avec des containers d’abord, en collaboration avec Pierre-Paul Gehannin gérant de Douche-auto à Cesson-Sévigné « Le concept plait et nous avons déjà des précommandes ».

Nous allons créer une société pour le développement de matériaux biosourcés

Mais les initiatives ne s’arrêtent pas là. Le gérant, spécialiste du stand, se lance également dans la création d’une nouvelle société pour fournir le secteur événementiel en matériaux biosourcés.

« La conception d’un stand a un vrai coût environnemental et génère de la pollution. Il est temps de raisonner différemment. L’idée est de développer de nouvelles solutions, et peut-être à terme de créer notre propre matière éco-responsable pour la construction de stands et de mobilier. »

Atelier Sans-Chagrin, agence évènementielle

© Studio Carlito

« Durant le premier confinement, j’ai demandé à tous les collaborateurs de réfléchir à ce qu’ils rêveraient de faire professionnellement sans prendre en considération le secteur d’activité de L’Atelier Sans-Chagrin, ni la situation de crise », explique Benoît Sans-Chagrin, dirigeant de l’Atelier Sans Chagrin « De cette réflexion sont nés Les Comptoirs Sans-Chagrin, outil modulable pour des événements clé en main, ce que nous ne faisions pas jusque-là. Nous avons aussi essayé de mettre à profit ce temps imposé par la Covid-19 pour former les collaborateurs, mettre en place des outils numériques et affiner notre politique d’achats et d’upcycling des matériaux pour améliorer notre impact environnemental. »

Nous avons essayé de mettre à profit ce temps imposé par la Covid-19

Benoît Sans-Chagrin reconnait le soutien de l’État qui aide la profession à passer le cap « Sans les dispositifs mis en place par l’État, nous n’aurions pas abordé la relance de la même manière ni fait tout ce que nous avons pu faire durant cette année pour pérenniser l’activité. » La vision du futur des évènements a évolué pour le dirigeant au fil des derniers mois, jalonnés de confinements et couvre-feu « Nous avons pensé un temps que les événements seraient majoritairement digitalisés, mais après 1 an sans rencontre on se rend compte que la majorité des acteurs souhaitent se retrouver physiquement. Nous croyons à des événements différents selon leur typologie et leur but. L’hybridation est inéluctable, mais la part de distanciel sera peut-être plus importante pour des salons BtoB internationaux que pour des séminaires internes aux entreprises. Mais tout ça n’est que supposition… »

Spectaculaires, métiers de la lumière, du spectacle et de l’événement

« À l’annonce et après la sidération, on a fermé les robinets de dépenses courantes autant que faire se peut » se rappelle Benoît Quéro, le fondateur de la société réputée pour ses projections monumentales. « On a pris la température de nos clients, en particulier les historiques, pour vérifier leur degré de compassion… Bonne surprise, ils ont recherché des voies et moyens pour faire « quelque chose » ce qui a un peu atténué la déflagration: confirmation de contenus, projets contemplatifs en continu sans sonorisation… » Ainsi pendant cette période Spectaculaires a développé un rendez-vous nocturne sur la façade de la sécurité sociale à Rennes sous forme de projection de portraits de pensionnaires de l’EHPAD St Hélier et d’œuvres de street artistes rennais. L’été dernier, l’équipe a également créé des fleurs à facettes géantes qui sont allées briller au pied des tours des quartiers sensibles de Rennes. « Nous pensons qu’il ne faut pas rester les deux pieds dans le même sabot.

Il ne faut pas rester les deux pieds dans le même sabot

Nous poursuivons dans différentes directions créatives pour essayer de sortir de l’épisode, à l’heure renaissante de la relance. Nous imaginons des offres covid compatibles, avec des créations contemplatives et traversantes et aussi avec une inflexion de nos investissements marqués au sceau de l’écoperformance. »

 

Groupe Sonowest, Sonorisation – Éclairage – Vidéo

Sonowest

De gauche à droite, Miguel Frechin (Sonowest), Benoît Sans-Chagrin (Atelier Sans-Chagrin) © Studio Carlito

« Nous avons vu l’événement d’un autre point de vue. Aujourd’hui un évènement n’est plus forcément physique, mais aussi digital. La vidéo a pris une place importante depuis mars 2020. Nous avons donc pris l’initiative de proposer des services de visioconférences, des captations lives à nos clients », explique Miguel Frechin, dirigeant de Sonowest. Des services qui ont vocation à se développer auprès des chefs d’entreprises qui ont pris conscience de l’importance d’être bien équipé pour assurer leurs visioconférences. C’est aussi le cas des artistes qui utilisent la captation live en studio pour véhiculer leurs productions sur le web où encore des profs de sport qui dispensent leurs cours à distance. « Aujourd’hui on installe beaucoup plus d’audiovisuel que de sono et d’éclairage ».

Aujourd’hui on installe beaucoup plus d’audiovisuel que de sono et d’éclairage

Mais si le digital se développe fortement pour continuer de vivre pendant la crise, le dirigeant attend avec impatience la reprise des évènements et le plaisir de retrouver le présentiel « Cette période a eu l’effet d’une prise de conscience que l’interaction sociale est primordiale pour chacun d’entre nous. Et cette interaction passe par les événements, que nous, prestataires techniques, sonorisons, mettons en lumières, décorons. Il y a sûrement un très bel avenir pour l’évènementiel, mais l’enjeu aujourd’hui est de mettre en place des protocoles pour pouvoir exercer notre métier au sein même de cette période. »

Angau & co, Traiteur

Depuis un an Mickaël Angau s’adapte au marché « Nous avons développé notre activité plateaux repas en livraison au sein des entreprises avec lesquelles nous avions l’habitude de travailler. Et puis pour anticiper la reprise, nous avons investi dans un camion restauration qui nous permet d’être présents en extérieur sur les évènements, pour des portes ouvertes de concession automobile par exemple ». Et si les demandes clients pour mariages, congrès devant se dérouler dès l’été et à la fin de l’année affluent, le traiteur pointe le besoin d’une plus grande visibilité « On attend maintenant des dates de réouvertures, de connaitre les jauges de clients que l’on va pouvoir accueillir en un même lieu. On s’attend à des changements durables sur l’organisation des événements, mais on sera présents et on s’adaptera. On l’a déjà fait on on le refera s’il le faut. »

On s’attend à des changements durables sur l’organisation des événements, mais on sera présents et on s’adaptera.

De gauche à droite, Jean Bosco Nicolle (Agence Bosco), Mickaël Angau (Angau & co), Jacques Guittier (3D actions) © Studio Carlito