Couverture du journal du 04/12/2020 Consulter le journal

Hugues VANEL candidat à la présidence de la Fédération Française du Bâtiment

Le bâtiment est le premier employeur de France. Et la FFB est la première organisation professionnelle nationale avec 55 000 entreprises adhérentes, petites et grandes. Le président de la FFB a donc un rôle de premier rang, que Hugues Vanel souhaite inscrire au coeur des mutations actuelles : sociales, environnementales et digitales.

« Accompagner les artisans qui sont en contact direct avec les clients et menacés par des plateformes commerciales sur le net ; Aider les grandes entreprises à accélérer leurs capacités d’interventions ; Réinventer des travaux de rénovation à l’heure des restrictions du foncier ; Préserver les ressources ; Gérer les déchets de chantier… les sujets sont multiples, et majeurs ! »

Le collectif

Pour Hugues Vanel la force de la FFB est, au-delà de son indépendance, ce qu’il appelle « la galaxie FFB », à savoir l’ensemble des institutions sur le territoire français, oeuvrant au quotidien à la défense des intérêts des entreprises de la construction, dont beaucoup de taille artisanale. « Nous sommes une fédération forte et influente, certes, pour autant il nous faut agir en synergie : avec les architectes, les constructeurs, la FNTP, la CAPEB dans le monde du BTP, le MEDEF, la CPME, l’UIMM, les banques… » Hugues Vanel a pour exemple cette région Bretagne qui a cette réputation de réussir les consensus. « Les acteurs du monde économique, syndicats, représentants académiques, maires, élus, nous travaillons ensemble. Les discussions se tiennent et des accords se font pour le bien commun. C’est aussi un territoire d’expérimentation. Je souhaite la même chose au niveau national, trouver le chemin du dialogue, tout en sachant rester fort. »

Le défi de la rénovation énergétique

L’entrepreneur breton est gérant de l’entreprise de maçonnerie Bouchard Construction (à Montgermont au nord de Rennes), qui a fêté ses 100 ans d’existence en 2019. Il peut s’enorgueillir de près de 20 000 chantiers réalisés, avec les quelque 70 salariés. Une entreprise bien connue pour ses chantiers sur le bâti ancien, rennais notamment, la métropole ne manquant pas de travaux de rénovation, réhabilitation, restauration. « Le sujet de la rénovation du bâti est crucial : densification des communes – de toutes tailles, éviter l’étalement urbain et la consommation de terres agricoles, tout en accueillant de nouvelles activités et entreprises… C’est un sujet majeur de société dans lequel le secteur du bâtiment s’inscrit pleinement, avec les chantiers de rénovations de bâtiments existants. » Le Sraddet breton (le schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires) signé fin 2019 prévoit le Zéro artificialisation de sols en 2040, pour lutter contre l’étalement urbain. Ou encore le Zéro construction dans les zones de continuité écologique. « Il faut toutefois faire attention à ne pas figer une situation, ne pas passer d’un tout à tout, ne pas s’interdire, ni mettre trop d’entraves. Il faut laisser place à l’initiative, à l’expérimentation, comme nous le faisons avec Le « Pinel Breton ». Cette expérimentation en Bretagne porte sur une enveloppe de rénovation de logements locatifs des villes moyennes. « Chaque territoire doit ainsi s’approprier sa capacité à se développer, à résoudre ses problématiques, être terre d’expérimentation ». Concernant la rénovation, Hugues Vanel revient aussi sur le système d’allotissement, soit la division d’un marché public en lots, plus accessibles aux petites entreprises. « Le système d’allotissement fonctionne bien sur les chantiers de construction neuve, mais moins dans la rénovation. Parmi les réponses possibles et afin de réduire le nombre d’entreprises sur les chantiers, on pourrait aussi voir le développement – ou le retour – des doubles compétences par exemple, avec des électriciens/plombiers, des maçons/carreleurs. »

« La méthode, l’organisation, ce sont ces concepts qu’il faut développer dans le secteur de la construction, sur nos chantiers. C’est selon moi un pilier de notre transformation.»

Métiers plus attractifs, changement de production

Le principe d’élargissement des compétences pourrait aussi rejoindre le problème de recrutement. Le secteur peine grandement à recruter, on compte actuellement 9000 intentions d’embauches dans le secteur du bâtiment à l’échelle bretonne. Et quel que soit le contexte économique, le bâtiment continue à recruter environ 60 000 personnes chaque année en France pour remplacer les départs en retraite et faire face aux nouveaux chantiers et marchés. « Aller chercher la main d’oeuvre ailleurs pour pallier le manque de recrutement est typique d’une vision à court terme, il faut voir plus loin. Une des réponses est dans la professionnalisation des salariés, la montée en compétence. Il faut aussi gagner en confort de travail – faire disparaître la pénibilité, et être moins impactant sur l’environnement. Cela a trait à l’utilisation de certains matériaux, biosourcés notamment. L’environnement c’est aussi l’impact des bruits et poussières par exemple. Pour moins impacter les salariés et les voisins lors d’un chantier en pleine ville, il peut se développer des modes de production hors site par exemple, de la préfabrication. » La méthode, l’organisation, ce sont ces concepts qu’il faut développer dans notre secteur, sur nos chantiers. C’est selon moi un pilier de notre transformation. Des solutions à imaginer, qui peuvent aussi permettre de retrouver des marges correctes dans nos entreprises. Aujourd’hui, les marges sont trop faibles en France, ce sont les plus faibles d’Europe. »

Digitalisation, R&D

Pour se développer, le secteur de la construction doit porter une maturité technologique, à un niveau comparable aux secteurs de l’automobile ou de l’aérospatial. Les dépenses de R&D de la construction demeurent inférieures à celles des autres secteurs : moins de 1 % du chiffre d’affaires, contre 3 à 4 % pour les secteurs de l’automobile et de l’aérospatial.

Que ce soit au stade de la conception, de l’utilisation de nouveauxmatériaux, de l’analyse des données de chantier, le transfert d’informations et le BIM, l’arpentage et la géolocalisation pour éviter les impondérables géologiques, la construction a son lot d’évolutions technologiques. Or l’investissement dans les technologies de l’information ne représente pas 1 % du chiffre d’affaires du secteur. « Aujourd’hui nous avons passé ce stade de l’analyse, il faut passer à l’action. J’entends accentuer la veille technologique, pour mieux accompagner nos adhérents. » Localement, Hugues Vanel ayant été élu FFB au niveau départemental puis régional, a impulsé l’innovation sur le territoire, tel que la création du premier Centre de ressources numériques du bâtiment, permettant depuis 2017 d’accompagner plus de 1 000 entreprises dans leur digitalisation.

Par ailleurs les prochaines assises régionales du Bâtiment ont pour thème la RSE, Responsabilité Sociétale des Entreprises, autre thème récurent dans le monde économique. « Accompagnement et formation des apprentis, des migrants, retraitement des déchets de chantier, le secteur est assez vertueux sur de multiples aspects, et sans le dire. La RSE, ce sujet qui pouvait être tabou hier, la Bretagne s’en empare lors de ces 5e Assises régionales. »

« Aujourd’hui les marges sont trop faibles en France dans le secteur de la construction, ce sont les plus faibles d’Europe.»

Portrait

Hugues Vanel, 59 ans, entrepreneur de maçonnerie, dirigeant de l’entreprise Bouchard Construction qui a fêté ses 100 ans d’existence en 2019 et comptant 70 salariés. 6 ans président de la fédération du Bâtiment en Ille-et-Vilaine, puis président de la Fédération de Bretagne depuis 5 ans. Il a rejoint le comité exécutif de la FFB il y a 9 ans, assurant au fil du temps plusieurs missions : président de la commission économique, du recrutement de nouveaux adhérents, la trésorerie, et depuis 2 ans président de l’Association Foncière Logement. « Ces missions m’ont amené à connaitre tout le territoire national, de mesurer les forces et les faiblesses de notre réseau, pour en défendre les problématiques concrètes. » Retrouvez l’article sur les 100 ans de l’ entreprise BOUCHARD, dirigée depuis 2001 par Hugues Vanel ICI

L’élection

Présidée aujourd’hui par Jacques Chanut, la FFB assure au quotidien la défense de 55 000 entreprises adhérentes, dont 40 000 de taille artisanale. Elles réalisent les deux tiers de la production annuelle de la profession, soient environ 140 milliards d’euros HT et emploient les deux tiers des 1 104 000 salariés du secteur. Hugues Vanel président de la FFB en Bretagne est l’un des deux candidats à la présidence de la FFB, qui se tient le 20 mars prochain. Face à lui Ollivier Salleron actuel président de la FFB en Nouvelle-Aquitaine.