Couverture du journal du 24/05/2024 Le nouveau magazine

La saga Jeulin

Rencontre avec Daniel, Céline et Arnaud Jeulin, à la tête du groupe éponyme, dont le siège est basé à Saint-Grégoire (35), autour de leurs activités : immobilier, loisirs, hôtellerie, événementiel sportif. 

Arnaud, Daniel et Céline Jeulin ©Studio Carlito

Arnaud, Daniel et Céline Jeulin ©Studio Carlito

Créé en 1986 par Daniel Jeulin, self-made man rennais, le groupe Jeulin a réussi à se positionner en tant qu’acteur majeur dans le tissu économique bretillien. Établie à Saint-Grégoire (35), l’entreprise, drainant en moyenne entre 50 et 60 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel et dirigée aujourd’hui par la deuxième génération, Céline et Arnaud, compte cinq domaines d’activités : l’immobilier (dont la gestion de Cap Malo), les loisirs, l’événementiel sportif, l’hôtellerie et une filiale d’aménagement d’espaces de travail.

 

Il serait naturel de penser qu’à 76 ans, après avoir fondé Repro Conseil – Konica Minolta Rennes, puis bâti un groupe pérenne d’environ 200 collaborateurs, Daniel Jeulin ait raccroché les crampons. Lui-même semble y croire : « Je suis moins impliqué ». Pourtant, il a tout d’un inlassable patron. Une énergie qu’il a transmise à ses enfants. Céline et Arnaud ont repris le flambeau, « dans la continuité et sans pression particulière », signalent-ils. « Le pouvoir, ça se prend, ça ne se donne pas, commente leur père. La chance, il faut la provoquer. Je leur ai transmis des valeurs. Puis, chacun à leur manière, ils ont fait avancer les projets. » Daniel Jeulin a commencé à préparer la transmission de son groupe à ses enfants et à ses petits-enfants, et en reste le président.

Céline et l’hôtellerie

©Studio Carlito

Co-gérante de la société familiale, à la tête du pôle hôtellerie et loisirs (8 millions d’euros de chiffre d’affaires), et du pôle événementiel sportif, Céline Jeulin, la cadette, a commencé dans l’hôtellerie. « J’ai fait mes armes à Paris et à l’étranger, avant de prendre la direction de l’Oceania de Saint-Grégoire en 2004 (propriété du groupe, NDLR) et celle de l’Escale Oceania de Cap Malo. J’ai évolué à mon rythme. L’envie de rejoindre le groupe est venue progressivement. J’ai franchi le pas en 2014, en conservant l’opérationnel d’un hôtel. Puis, en 2018, je me suis consacrée pleinement aux aspects stratégiques et au développement du pôle hôtelier dans son ensemble. »
Le groupe détient à ce jour 6 hôtels : les deux Oceania de Rennes, le Campanile du quartier Cleunay et celui de Saint-Jacques-le-Lande, un Ibis Styles à Villepinte et le Whistler Gare du Nord à Paris. En parallèle, la dirigeante est aussi présidente d’un des clubs locaux de l’Association Progrès du Management (APM).

Arnaud et l’immobilier

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Arnaud, le benjamin, a aussi rapidement trouvé sa voie. Diplôme de l’ESG Paris en poche, il est attiré un temps par la gestion de patrimoine mais se dirige finalement rapidement vers l’immobilier. Une opportunité se présente pour intégrer le groupe Launay et apprendre le métier, dans la perspective de rejoindre l’entreprise paternelle un jour. Il roule sa bosse à des fonctions commerciales, et, clin d’œil du hasard, travaille sur un projet au Mans de co-promotion avec … Jeulin. La construction d’une centaine de logements, une première pour Jeulin plutôt spécialisé dans l’immobilier de bureaux. Fort de ses compétences acquises, Arnaud bascule vers la société familiale comme commercial en 2006, il se souvient : « Petit à petit, mon père m’a impliqué sur des dossiers et me laissait prendre des directives. J’ai apporté ma manière de monter les projets. Nous avons diversifié les partenaires et étoffé les équipes en interne. Au fil des années, j’ai gravi les échelons. »
Aujourd’hui, la branche immobilier possède une filiale à Nantes, dirigée par Bertrand Dabireau, et associée à la filiale Ouest Bureau – Alfa Desk (gérée par Marie-Ève Hamon), avoisine les 35 millions d’euros et rayonne sur la Bretagne et les Pays de La Loire.
Dans la fratrie Jeulin, il y a aussi Olivier, l’aîné, président et associé du cabinet d’expertise-comptable Geirec. Jamais loin dès qu’il s’agit de prendre des décisions qui engagent le groupe. « Tous les trois, nous sommes complémentaires », souligne Céline Jeulin.

Projet en cours : 40 000 m2 à Via Silva
« Le chiffre d’affaires sur la promotion immobilière est fluctuant. Le métier va être de plus en plus compliqué. La politique se durcit : le ZAN, les normes environnementales… L’inflation sur les coûts de construction, la hausse des taux d’emprunt… Les opérations se font de plus en plus rares. Heureusement, nous sommes diversifiés, y compris dans l’immobilier, donc même quand cela se tend, nous restons sereins. Nous avons aussi, entre autres, un gros dossier avec un confrère dans les tuyaux : 40 000 m2 – un hôtel, des bureaux, des logements – à Cesson-Sévigné, au pied du métro.»

Daniel, le tenace

©Studio Carlito

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Concernant Daniel Jeulin, son épouse, Colette, l’assure : « Il n’a jamais eu l’impression de travailler de sa vie. Ce n’était pas du travail, mais du plaisir. » Dommage que Radja, leur petit spitz ne puisse pas parler, car il aurait certainement des choses à dire sur son maître.
Quand on sait que l’entrepreneur autodidacte vibre sur « L’envie d’avoir envie » de Johnny, tout est dit. Il est évidemment de ceux qui carburent à « Quand on veut, on peut. » Il a le chic des phrases choc : « De l’idée à l’action, il n’y a qu’un mot, c’est l’audace », lance-t-il en connaisseur. Audacieux, à n’en pas douter, et précurseur. Coco Grill, enseigne de livraison de poulet à domicile lancée dans les années 1990 et qui aura duré 2 ans, comme l’immeuble Fuji et son matériau qui assainit l’air, sorti de terre en 2017 rue de Redon, en sont les preuves. « Je regarde beaucoup ce qui est fait ailleurs dans le monde. » Une bonne dose de ténacité aussi ; il se souvient de ses avancées comme « des bagarres à chaque fois. » Et un brin provocateur ? « Déterminé plutôt, mais prudent. Je tiens cela de ma maman. »
Pour comprendre l’ADN Jeulin, il faut remonter l’arbre généalogique. « Mon père était peintre ouvrier à la SNCF. Ma mère travaillait à La Ruche ouvrière. Ensuite, elle a participé à la création du Telex consommateur. Elle faisait les premières livraisons à domicile de poisson avec La Caissette Lorientaise au Parc Oberthür. Mes grands-parents étaient eux aussi commerçants. » Le sens des affaires coule dans ses veines. Ce qui explique qu’il n’ait aucune envie de se frotter à la politique. « On ne peut pas tout mélanger. »

Cap Malo, « on me prenait pour un malade »

« La diversité des activités est notre colonne vertébrale. » La zone commerciale Cap Malo, à hauteur de La Mézière sur la voie Rennes – Saint-Malo, en est le totem. « En 2001, on me prenait pour un malade. Je voulais faire un village des marques, un ensemble de magasins d’usine. » L’investissement de départ est d’une dizaine de millions d’euros. Face à des oppositions, le projet est abandonné pour laisser place, à partir de 2008, à un « retail park » de 18 000 m2. « Cela s’est construit au fil du temps, se souvient Daniel Jeulin, à l’américaine avec des espaces dédiés aux loisirs : bowling, cinéma multiplex, golf, karting, urban soccer, et aujourd’hui le simulateur de chute libre. » Un total de 104 millions d’euros d’investissements privés.
Comptant une cinquantaine d’enseignes toutes confondues, le centre commercial à ciel ouvert a connu des aléas, comme la fermeture du magasin Alinéa. Céline reconnaît que la « partie commerce a, un temps, fait face à des difficultés. Mais aujourd’hui, les enseignes de loisirs, restauration et équipements de la maison et de la personne qui sont présentes connaissent une belle envolée générale. Si le Drive Leclerc et la station essence sont venus offrir une complémentarité de services, nous ne bénéficions pas d’une locomotive alimentaire comme les autres centres commerciaux. »

Rennes : terre fertile pour les entreprises familiales
Jeulin, Legendre, Kermarrec, Giboire, Blot, Launay, autant de structures familiales qui ont réussi à éclipser sur le territoire les opérateurs nationaux. « Ici, il y a un respect des acteurs familiaux historiques, c’est une force. Leur sérieux n’est plus à démontrer. J’ai fait partie, pendant 4 ou 5 ans, du réseau Génération + qui fédérait les dirigeants de grosses entreprises familiales, tels que Philippe Le Duff, Vincent Legendre, Thierry Geffroy (Roulleau). Nous nous réunissions une fois par trimestre, puis ça a cessé en 2019. »

La fibre du sport

©Studio Carlito

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Autre preuve de la vitalité « jeulinienne », deux associations : le Marathon Vert de Rennes, créé en 2011 sur le principe d’un kilomètre couru = un arbre planté avec la Fondation Yves Rocher (800 000 euros de budget, 9 000 participants) et, toujours à Rennes, l’Urban Trail lancé en 2017 ( 500 000 euros de budget, 10 000 coureurs) en soutien aux neurosciences. « Le sport transmet des valeurs qui me sont chères : l’importance du lien humain, le dépassement de soi, l’esprit d’équipe. »
La famille est en train de mettre sur pieds une « team Jeulin » dédiée à la course à pied et à l’handisport, composée de 5 à 6 athlètes. « Pour aider les jeunes sportifs et partager avec les collaborateurs. » Dans quel but, l’image de marque ? Réponse sans appel du patriarche : « Non. Dans tout ce qu’on peut faire, ce qui compte c’est le plaisir partagé. » CQFD.

 

Bonus

Un lieu où vous aimez vous retrouver ? « Le golf de Cap Malo. Nous y avons fêté certains Noëls en famille. »
Un souvenir commun ? « Depuis 16 ans, nous partons tous les 2-3 ans en voyage tous ensemble. Nous sommes 17. Cette année, nous sommes partis en croisière, voir les fjords norvégiens ».
Un plat à partager en famille ? « Un plateau de fruits de mer. » « Pour faire plaisir à papa, des huîtres, une sole avec de la purée et une crème brûlée », précise Arnaud Jeulin. À bon entendeur.