Couverture du journal du 30/07/2021 Consulter le journal

« L’expert-comptable, entre deux mondes », avec Carole Pautrel Glez de l’Ordre des Experts-Comptables de Bretagne

Chez les experts-comptables comme tous secteurs d’activités, l’heure est à la digitalisation. Aux côtés des algorithmes de calculs comptables, la proximité et le conseil deviennent encore plus essentiels.

Carole Pautrel Glez

Carole Pautrel Glez © Studio Carlito

L’expert-comptable c’est le maillon incontournable, l’interlocuteur direct et de confiance de toute entreprise, quelle qu’elle soit. PME, profession libérale, artisan, association, l’expert-comptable est à la manœuvre pour la gestion fiscale de l’entreprise, avec un fort rôle d’accompagnement et de prospective.

« Avec l’évolution des modèles de société par le digital, nous, experts-comptables, imaginons de nouvelles offres de services à destination de nos clients, et développons les missions d’accompagnement à la gestion. Par ailleurs, au sein du Conseil de l’Ordre, le CROEC, nous devons également aider les experts-comptables à réinventer leur chaîne de valeur. »

Agilité et humanisme

Carole Pautrel Glez

Carole Pautrel Glez © Studio Carlito

La pandémie liée à la Covid 19 les a mis en lumière, les quelque 800 experts-comptables bretons et 7 000 collaborateurs, « comme une prise de conscience de notre rôle sociétale. Car même confiné il a fallu faire tourner la machine économique. Cet accompagnement des entreprises, avec les annonces quotidiennes du gouvernement, ce fut un travail titanesque, en pleine période fiscale. » De cette période et de son expérience de vingt ans d’expertise-comptable, Carole Pautrel Glez ne tergiverse pas lorsqu’on lui demande de désigner deux qualités essentielles dans ce monde en mutation : « L’agilité, il y a une nécessité à être réactif, pour répondre aux changements, aux difficultés, car si nous parlons de cette crise nous n’en sommes qu’au début. L’autre point est bien sûr l’humain, les relations RH, le management en entreprise, les relations avec les clients et les fournisseurs… L’humain est au cœur de cette « machine économique » il ne faut pas l’oublier, et il faut en prendre soin. De ces deux points, j’en ajoute un troisième qui m’est très cher : la formation. Cela rassemble ces deux points fondamentaux finalement : accompagner les évolutions et l’humain, cela passe par la formation. »

La data : l’entre deux mondes

La data, tout le monde en parle, pour autant tous ces chiffres ne sont encore ni stockés, ni annotés, ni recensés via des factures électroniques. Même en évolution exponentielle, la transformation numérique ne se fait pas en un jour. « On jongle un peu entre les factures papier (parfois encore des envois fax !) et les coffres-forts numériques ! On est encore entre deux mondes, c’est donc un peu le bazar. Cela prend un peu de temps, mais la première échéance est la généralisation de la facturation électronique interentreprises dès 2023, et obligatoire en 2025, donc c’est demain. À nous d’accompagner nos clients dans cette numérisation des fonctions supports, c’est un pas à franchir. »

Le digital : à nous d’être acteurs

L’IA, Intelligence Artificielle, c’est d’abord un enjeu de sécurisation des données, un enjeu majeur de souveraineté et de compétitivité. « Détenir ses propres outils ou logiciels, qui traitent les données de nos clients est important. Être acteur et non captif de prestataires : l’idée est là.

Par ailleurs, l’IA c’est finalement une opportunité, c’est tout un pan de l’activité qui pourra se faire par le biais de logiciels : gestion des factures, encaissement des comptes clients, et pourquoi pas directement le paiement aux fournisseurs. Comme une gestion déléguée. Cela peut aussi permettre des analyses prédictives, lorsque l’on a plusieurs clients d’un même corps de métier, on peut faire des comparatifs apportant des clefs d’optimisation des affaires. »

Les plateformes digitales : pas le succès escompté

On a vu il y a 10 ans l’émergence des plateformes digitales, de prestations comptables « tout-en-ligne », sur un modèle « Low Cost ». Si l’on a imaginé un temps que cela accaparerait 20 % du marché, c’est loin d’être le cas. Cet eldorado numérique ne convainc qu’une part restreinte de clients, de l’ordre de 5 %.

« Beaucoup en sont revenus. Le client sur ces plateformes doit être autonome, vérifier ses documents, les scanner… tout faire, sans expertise, sans accompagnement. C’est en fait à l’opposé de l’évolution du métier : les clients veulent de plus en plus de contact, de conseil, de stratégie, de vision… cela demande du temps et de l’attention, nous sommes un interlocuteur unique pour tout cela.»

Carole Pautrel Glez

Carole Pautrel Glez © Studio Carlito

Intelligence Artificielle / Intelligence collective

Laissons à l’IA l’automatisation de tâches manuelles et répétitives, la saisie comptable et le traitement de ces données… À l’expert-comptable et ses collaborateurs la connaissance métier et l’intelligence collective. « C’est pourquoi la profession ne recrute pas que des experts-comptables ! Des collaborateurs viennent du marketing, de la communication, de l’informatique, du social… Et chaque expérience personnelle en sport nautique, en pêche, ou en équitation vient renforcer nos compétences, tout est mis à profit dans les cabinets. Au-delà de la maitrise des règles fiscales et comptables, nous avons tous des connaissances métiers. Nous sommes de véritables couteaux suisses. » Il y a deux ans, il y avait 400 postes vacants dans les cabinets d’expertise bretons.

La spécialisation de l’expert-comptable

Tout expert-comptable peut, depuis 2020, demander une reconnaissance de compétences spécialisées. En Innovation, en gestion de patrimoine, en métier de bouches, en association… L’expert-comptable peut faire valoir une spécialité (trois maximum), tant technique que sectorielle. Répertoriées dans un tableau géré par le Conseil de l’Ordre, pour garantir l’homogénéité. Cette spécialisation doit être justifiée par un diplôme, ou concerner au moins 10 % du CA du portefeuille clients de l’expert-comptable.

Parcours

Après un parcours d’études à Rennes puis à Nantes, elle obtient son diplôme d’Expertise Comptable en 2003. Carole Pautrel Glez est associée au sein du cabinet Cohesio depuis 2007, une structure d’expertise comptable d’envergure régionale, qui regroupe 11 experts-comptables, une centaine de collaborateurs et est implantée sur 4 sites en Bretagne et 1 en Normandie.

 a une activité spécialisée dans le secteur de la santé, spécialisée en médical et paramédical.

 

Première femme présidente du CROEC Bretagne

Le Conseil régional de l’Ordre des Experts-Comptables de Bretagne est une instance représentative. Carole Pautrel Glez est en la présidente pour la mandature 2021-2022, élue en novembre dernier par ses pairs bretons. C’est la première femme à être élue à la tête de cette institution. « La profession s’est largement féminisée. Nous étions 10 % de femmes experts-comptables quand j’ai débuté dans les années 90, aujourd’hui il y en a 33 % inscrites à l’Ordre en Bretagne, et elles sont 50 % dans les nouveaux à prêter serment ces 5 dernières années.

Oui. Je crois qu’il faut en parler. Il peut y avoir encore des plafonds de verre. Montrer qu’une femme peut exercer ce métier, peut représenter la profession en prenant la gouvernance du Conseil régional de l’Ordre, c’est un signal, ce n’est pas anecdotique. Je suis assez fière d’avoir remporté ces élections avec 58 % des voix, soit avec de nombreux votes masculins. »

La composition du nouveau Bureau

Les vice-présidents : Stéphane Coatrieux (22), Sylvain Brochard (56), Gwennog Grall (29), Rodolphe Viel (35)
Trésorière : Emmanuelle Bourgogne
Assesseur : Bernard Le Denmat
Les experts-comptables en Bretagne : 796 experts-comptables, 723 structures d’expertise comptable 185 experts-comptables stagiaires, 7 000 collaborateurs