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Jacques Delanoë : Pour ses 120 ans, le Stade Rennais réveille sa légende

Le Stade Rennais fêtera ses 120 ans le 10 mars 2021. Depuis son arrivée au conseil d’administration en 2012 puis à sa présidence en 2017, Jacques Delanoë n’a de cesse de nourrir l’âme du club pour que, porté par une véritable dynamique populaire et territoriale, il poursuive durablement sa marche en avant.

Jacques Delanoë Stade Rennais

Jacques Delanoë © Studio Carlito

Le Stade Rennais ce n’est pas qu’une équipe de football, le Stade Rennais c’est aussi une institution bretonne. Et une institution ce n’est pas un vieux machin poussiéreux, sous cloche, momifié, fermé, inaccessible. C’est tout l’inverse ! C’est quelque chose de bien vivant qui compte beaucoup et pour beaucoup de gens. C’est une référence, il faut donc en prendre soin, et ça c’est ce qui m’importe. » Un mantra que Jacques Delanoë aime à rappeler quand il évoque le sens de son action à la tête du conseil d’administration du Stade Rennais. Pour cet homme de communication aguerri, le club breton est bien plus qu’un business, il représente un repère, un élan collectif, une vibration commune autour d’un spectacle qui unit toute les classes de la société, tous les âges et qui nourrit la passion d’une très grande communauté. Une vision qu’il partage avec François-Henri Pinault, ami d’enfance avec qui il a partagé les bancs de l’école Saint-Vincent à Rennes.

Une institution ce n’est pas un vieux machin poussiéreux, sous cloche, momifié, fermé, inaccessible.

Aussi lorsque ce dernier lui demande d’intégrer le conseil d’administration en 2012, Jacques Delanoë n’a pas d’hésitation. Après une très belle carrière dans la communication auprès de Jacques Séguéla et la création de nombreuses entreprises, il est désormais l’oreille attentive des entrepreneurs de l’Ouest, œuvrant dans différents conseils d’administration et directoires (YAO!, Fondation Nominoë, Rennes School of Business…) Son temps, il veut désormais le consacrer à apporter son regard, ses conseils, son expérience sur des sujets qui lui tiennent à cœur, car ce qu’il aime avant tout, ce sont les projets, les défis, le faire ensemble. La présidence du conseil d’administration pour cet amoureux du Stade Rennais, est alors une chance supplémentaire d’œuvrer à valoriser son club de cœur ainsi que la Bretagne qu’il aime tant. Dès son arrivée en 2012 au sein du board, il lance sur la demande de François-Henri Pinault « Le club des deux hermines ». Un premier pas pour engager toutes les parties prenantes à apporter un supplément d’âme au Stade qui, malgré son centenaire bien tapé, peine encore trop à s’affirmer. « On a créé et animé avec les présidents Cueff, puis Saint-Sernin, une assemblée représentative très impliquée, avec des supporters, des chefs d’entreprise, des passionnés de tous bords(…) Nous souhaitions rassembler toutes les idées que l’on pouvait mettre en œuvre pour avoir un Stade Rennais plus vivant, plus ouvert et mieux ancré dans son territoire ».

Lorsque je suis arrivé, j’ai eu un choc. De ce club né en 1901, il ne restait quasiment aucune trace de son passé.

Jacques Delanoë Stade Rennais

Jacques Delanoë © Studio Carlito

De cette concertation découleront de nombreuses actions concrètes et notamment en 2019 un projet représentatif de l’action de Jacques Delanoë : « La Galerie des Légendes ». Situé dans l’enceinte du stade, ce musée* embarque les visiteurs dans l’histoire du club, ses temps forts, ses grands hommes, un lieu vivant grâce à l’appui de nombreux outils digitaux développés en partenariat avec Orange.

« C’est tout un concentré de l’histoire du club. Lorsque je suis arrivé, j’ai eu un choc. De ce club né en 1901, il ne restait quasiment aucune trace du passé, même les coupes de France de 1965 et 1971 avaient disparu ! Seuls quelques bouquins et photographies retraçaient l’histoire du club… Avec la collaboration de Cyrille l’Helgouach, Frédéric Possel et Marc Brassart et l’aide de l’association « Rouge Mémoire » on s’est mis au travail et on a pratiquement tout retrouvé, jusqu’à la fameuse coupe des alliées de Pierre de Coubertin que nous avions gagnée en 1916. Finalement c’était l’âme du club qui était là, après avoir été négligée et dispersée, elle ne demandait qu’à revenir au sein du club. Nous l’avons fait et, comme par enchantement, c’est au moment où toute cette belle histoire à été reconstituée et domiciliée au Roazhon Park que le club s’est remis à écrire sa légende avec notre épopée en Europa League et cette troisième coupe de France gagnée en avril 2019. » Et Jacques Delanoë d’ajouter: « Comment demander à l’équipe un supplément d’âme, si le club lui-même ne prend pas soin de la sienne ! »

En 2014 déjà, le travail sur l’identité du club avait été engagé à la demande du président Ruello. Le « stade de la route de Lorient » avait alors été rebaptisé « Roazhon Park » pour affirmer clairement son ancrage breton.

« Pour l’anecdote beaucoup étaient septiques sur ce nouveau nom, le pensant imprononçable, ils étaient persuadés que les journalistes parisiens ne s’y feraient jamais, il a fallu que je rassure tout le monde… Et bien aujourd’hui, ce nom à l’identité bretonne affirmée est une évidence, on a même le sentiment que le stade s’est toujours appelé ainsi ! », s’amuse celui qui était alors administrateur. C’est également à cette époque que les sièges impersonnels gris, verts et bleus sont évincés au profit d’assises rouges qui ont métamorphosé le stade en le mettant en cohérence avec l’identité du club.

Le fait qu’on soit un club bien ancré dans son territoire nous permet de mieux résister.

Des sièges, qui aujourd’hui avec la Covid restent désespérément vides. Mais, de la même façon que la famille Pinault avait déjà sauvé le club avec la ville, elle le protège aujourd’hui des graves conséquences de cette crise financière majeure qui frappe le football. « Le fait que le stade rennais soit bien ancré dans son territoire nous permet aussi de mieux résister. La Famille Pinault, qui est très attachée au club depuis toujours et qui le prouve sans relâche, dispose d’une solidité financière suffisante pour nous aider à gérer la crise. Et tous nos partenaires, comme Samsic, Le Duff, Launay, Blot ou Convivio, en m’excusant de ne pouvoir les citer tous, nous prouvent leur attachement en restant derrière nous malgré les difficultés qu’ils rencontrent. » Une année cependant complexe pour le Stade Rennais qui accuse des pertes importantes dues à l’absence des recettes de billetterie et laisse toute une filière dans l’inactivité « je pense aux traiteurs, à l’évènementiel, à la boutique, je pense aux stadiers, aux bars, aux marchands de galette-saucisse et à tous ceux qui assurent le bon déroulement des rencontres. Un soir de match, le Stade Rennais c’est plus de 700 personnes qui viennent travailler. Quand il n’y a plus de public, tout ça se réduit à peau de chagrin », déplore Jacques Delanoë. À cela se greffent aussi les droits TV qui avaient été renégociés à la hausse avec Mediapro avant que celui-ci ne refuse de les payer, laissant là encore un très lourd manque à gagner dans les caisses des clubs. « Tout ça se cumule, il est clair que le compte d’exploitation en prend un sérieux coup. Et il faudra aussi malheureusement compter avec un trading joueurs vraisemblablement en panne.» Le club a d’ailleurs contracté un PGE sur 4 saisons pour soutenir la trésorerie.

 

Jacques Delanoë Stade Rennais

Jacques Delanoë © Studio Carlito

On va continuer d’investir au sens où l’on va tout faire pour que la maison reste en bon ordre de marche et continue de progresser.

Une situation qui ne remet pas en cause les investissements prévus « On va continuer d’investir au sens où l’on va tout faire pour que la maison reste en bon ordre de marche et continue de progresser » réaffirme Jacques Delanoë qui en profite pour saluer le travail et l’implication totale de Nicolas Holveck à la tête du club.

Le projet de regrouper toutes les activités du club sur le site de la Piverdière est donc maintenu. Les travaux d’extension du centre d’entrainement auront pour but de réunir en un seul lieu de vie toutes les structures du club: le siège social, le groupe professionnel, l’académie, la section amateur et bientôt une section féminine. Un projet qui prendra en compte les enjeux environnementaux du site de la Prévalaye.

Notre ambition est d’inscrire le Stade Rennais de manière pérenne dans le concert des clubs européens.

La crise sanitaire n’éteint donc pas l’ambition du club, qui a réalisé de belles performances ces dernières années. « Notre ambition est d’inscrire le Stade Rennais de manière pérenne dans le concert des clubs européens, pour le dire autrement avoir l’objectif de pouvoir jouer chaque saison une des trois coupes d’Europe… et si c’est la Champion’s League qui se présente, on sera très heureux de pouvoir la jouer à nouveau ! ».

Et au-delà des performances sportives, l’ambition de Jacques Delanoë ne faiblit pas « Je veux continuer d’inscrire solidement l’institution dans son territoire, de la valoriser, de faire en sorte qu’une communauté « rouge et noir » la plus large possible se retrouve en elle et lui apporte force et fierté. »

 

*En temps normal (hors Covid), la Galerie des Légendes se visite, ainsi que le Roazhon Park, sur réservation auprès de Destination Rennes.

 


5 questions à Jacques Delanoë

Votre meilleur souvenir de supporter ?

Mes 60 ans ! Le 27 avril 2019, soir de mon anniversaire, nous jouons au stade de France contre l’imbattable PSG. On est mené 2-0 à la 21e minute. Une soirée qui semblait bien mal engagée et qui se finit en apothéose avec la victoire du Stade Rennais aux tirs au but, remportant ainsi la 3e coupe de France de son histoire. Un sacré cadeau ! J’ai fini au milieu de la chorale des joueurs dans les vestiaires, avec un magnum de champagne déversé par Clément Grenier sur ma tête, jamais shampoing n’avait été aussi bon ! Mais le meilleur souvenir, c’est le lendemain quand j’ai vu l’immense joie que nous avions apportée aux Rennaises et aux Rennais.

 

Votre équipe de foot préférée (hors stade)

Rennes, Rennes, Rennes ! Mais je suis aussi heureux quand la France gagne la Coupe du monde et je suis toujours pour les clubs français en Coupe d’Europe.

 

Une devise ?

Je l’ai empruntée à Voltaire : « Les préjugés sont la raison des sots ». Dans la vie il faut se garder d’avoir trop de préjugés. En se fermant, on s’empêche d’avancer, on se prive de rencontres, de nouvelles visions, de nouvelles aventures. Ce qui fait la richesse de la vie d’un homme ou d’une femme, c’est sa capacité à découvrir, à aller de l’avant, à oser.

 

Votre occupation favorite ?

J’ai une passion très forte et très ancienne pour la photographie. J’ai d’ailleurs réalisé plusieurs livres de photographies et j’ai également signé il y a une vingtaine d’années un ouvrage reconnu sur l’histoire de la photographie.

 

Un homme ou une femme pour illustrer un nouveau billet de banque ?

Gaspard-Félix Tournachon de son nom de scène NADAR. Le plus grand photographe du 19e siècle. Une personnalité hors du commun qui a été caricaturiste, photographe, aérostier, écrivain. Il avait du génie et une boulimie créative inimaginable. C’était au 19e siècle un des hommes les plus connus de Paris.